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                                    Le système du Sahaj Marg
                                                             Ram Chandra

                           Message délivré lors de la célébration annuelle de la Mission en 1963

Je vais vous présenter aujourd’hui quelques grandes lignes de notre système, connu sous le nom de Sahaj Marg, ou Voie Naturelle de réalisation. Ce système suit des principes parmi les plus simples et les plus naturels qui s’adaptent facilement à la routine quotidienne de la vie terrestre. Il n’admet aucune des méthodes d’austérité rigide, de pénitence ou de mortification physique adoptées pour étrangler le mental et les indriyas. L’idéologie du Sahaj Marg est si simple que c’est souvent précisément pour cette raison qu’elle n’est pas bien comprise par les gens. Ceux-ci ont en effet l’impression que la réalisation est un travail des plus difficiles, et qu’elle requiert un labeur incessant durant des vies et des siècles. Cette entreprise peut néanmoins s’avérer difficile pour ceux qui avancent encombrés de leurs conceptions confuses de la Réalité, adoptant des moyens compliqués pour les réaliser. En fait, la Réalité à laquelle nous aspirons est si simple, que sa simplicité même en est devenue un voile. On ne peut réaliser une chose simple que par des moyens simples. Par conséquent, on ne peut réussir à réaliser ce qu’il y a de plus simple que par les moyens les plus simples.

Il est très facile de ramasser avec les doigts une aiguille tombée à terre, mais il est probable que cela serait impossible en utilisant une grue. C’est exactement la même chose pour la réalisation. Les méthodes engendrant la confusion, et les moyens compliqués préconisés pour la réalisation de ce qu’il y a de plus simple, ne servent donc pas le but recherché. Au contraire, ils maintiennent l’individu empêtré tout au long de sa vie dans les complexités qu’il s’est lui-même créées. En fait, la réalisation n’est ni un défi aux nerfs et aux muscles, ni une recherche physique impliquant austérité, pénitence ou mortification. Il s’agit uniquement de la transformation de l’être intérieur en sa nature réelle. C’est ce à quoi le Sahaj Marg accorde de l’importance, ignorant tout le superflu qui s’y rattache. Les pratiques conseillées dans ce système ne sont pas simplement formelles et mécaniques, telles que le fait de fermer les yeux pour méditer. Elles ont un objet précis, un but et une fin. On y trouve deux aspects, l’un étant les abhyas et l’autre, le soutien du Maître grâce à la transmission yoguique (pranahuti), qui accélère les progrès de l’abhyasi en écartant de son chemin les complexités et les obstructions. Dans les anciennes pratiques, c’était l’abhyasi qui devait lutter de toutes ses forces pour se débarrasser des entraves et des obstructions, tandis que le rôle du guru se bornait à lui prescrire certaines pratiques mécaniques pour y parvenir. Toutefois, il n’en est pas de même dans le Sahaj Marg où la plus grande partie de la responsabilité à cet égard incombe au Maître, qui ôte les obstacles et nettoie les complexités du mental de l’abhyasi en exerçant son propre pouvoir grâce à la transmission yoguique (pranahuti).

Ce très ancien système de transmission yoguique a de tous temps été la base même du raja-yoga, mais ces derniers temps, les hindous – qui en étaient les véritables initiateurs – en avaient pratiquement oublié l’existence. Ce sont les merveilleux efforts de mon Maître, Samarth Guru Mahatma Ram Chandraji Maharaj de Fatehgarh, qui ont permis de faire renaître et de ramener au grand jour ce système oublié depuis longtemps. Dans cette méthode, le Maître, par l’application de ses pouvoirs intérieurs, éveille, accélère et met en mouvement les forces latentes de l’abhyasi ; il dirige aussi vers son cœur le flot du courant divin. La seule chose qui reste à faire pour l’abhyasi, est de se relier au pouvoir du Maître dont le mental et les sens sont totalement disciplinés et régulés. Le pouvoir du Maître commence alors à affluer vers son cœur, régulant dans le même temps les tendances de son mental. Ceci n’a toutefois rien à voir avec l’ancienne conception orthodoxe de la fonction de guru (gurudom). Dans notre Mission, nous considérons cette fonction comme une forme de fraternité commune, dans un esprit de service et de sacrifice. Mais ici surgit une difficulté. Les gens ont en général tendance à se laisser impressionner par ceux qui font étalage de miracles séduisants. Bien que cette faculté se développe automatiquement sous l’effet de la pratique, on ne peut en aucun cas la considérer comme un critère de siddhis yoguiques ou pouvoirs yoguiques. Qui plus est, un véritable raja-yogi ne sera jamais attiré vers les pouvoirs dans le but d’en faire étalage. Il y a néanmoins deux sortes de miracles : les uns sont de nature divine et les autres de nature matérielle. Le propos des premiers est toujours divin, tandis que celui des seconds est terrestre. La faculté d’accomplir des miracles de nature divine est éveillée chez ceux qui avancent par des moyens subtils et résolvent le problème de la vie auquel nous sommes confrontés. En revanche, ceux qui empruntent des moyens grossiers développent des miracles de nature matérielle qui surchargent le cœur. Si quelqu’un se retrouve néanmoins absorbé dans les conditions de cet accomplissement de niveau inférieur, son être tout entier se transforme pour ainsi dire en un nœud, qui renferme un tourbillon dans lequel il va s’engloutir. Si ce pouvoir est utilisé sur d’autres, ceux-ci seront également entraînés dans le même tourbillon. Dans notre sanstha, pratiquement chacun d’entre nous possède cette faculté d’accomplir des miracles, mais le Maître, de son œil vigilant, en garde le contrôle de crainte qu’elle ne finisse par nous égarer. Ce pouvoir passe à travers la personne quand un besoin réel se présente, sans même qu’elle en soit consciente. Ainsi, pour nous aider et nous soutenir spirituellement, nous avons besoin non pas d’un maître qui fasse étalage de merveilleux miracles, ou accomplisse d’extraordinaires prouesses en termes d’asanas ou de pranayama, ou qui prononce de savants discours sur la philosophie de maya, jiva et Brahma, mais d’un maître qui soit en mesure de résoudre les difficultés pratiques, de lever les obstacles du chemin et de nous aider au cours de notre cheminement grâce à son propre pouvoir intérieur. Si vous avez la chance de rencontrer quelqu’un dont la présence fasse naître en vous un sentiment de paix et de calme, et si l’incessante activité du mental semble se taire sous son influence, vous devez alors comprendre que cette personne a transcendé la limite des sens, et qu’elle peut être apte à vous aider à résoudre le problème de la vie par l’exercice de ses pouvoirs intérieurs. En vous reliant à elle avec amour et dévotion, vous commencez aussi à vous transformer dans le même sens.

La pratique quotidienne suivie dans notre sanstha est la méditation sur le cœur. Cette même pratique a également été conseillée par Patanjali. Le principe de base de cette méthode ayant déjà été exposé dans “L’efficacité du raja-yoga” (1), je n’ai pas l’intention de le répéter ici. Cette méthode nous procure une aide considérable pour éliminer ce qu’il y a de grossier dans notre être, et nous permet d’assumer un état des plus subtils. Nous savons que Dieu est dénué de toute grossièreté. Aussi la réalisation de Dieu doit-elle signifier l’obtention d’un état de subtilité identique, jusqu’aux limites du possible. C’est ce vers quoi nous tendons dans le Sahaj Marg. Le système aide l’abhyasi à se libérer de la grossièreté qui s’est déposée autour de lui sous forme d’enveloppes.

La technique du Sahaj Marg, bien que très simple, est souvent hors de portée du commun, car elle adhère étroitement à la Réalité absolue et se développe selon les principes les plus subtils. Cette technique prescrit la méditation sur le cœur en y supposant la présence de la lumière divine. Mais on demande à l’abhyasi de ne pas essayer de visualiser la lumière sous quelque forme que ce soit. S’il le faisait, et si la lumière apparaissait par hasard à ses yeux, ce ne serait pas la véritable lumière mais une projection de son mental. C’est pourquoi on conseille à l’abhyasi de se borner à une simple supposition. Celle-ci sera des plus subtiles, et nous méditerons ainsi sur ce qu’il y a de plus subtil. Tous les saints ont utilisé le mot “lumière” à ce propos et je ne puis non plus l’éviter, car c’est l’expression la plus appropriée. Mais ce terme est source de complications, car lorsque nous parlons de lumière, la notion de luminosité devient prédominante et nous commençons à envisager quelque chose de brillant. La véritable lumière n’évoque rien de tel et l’on pourrait la qualifier de “lumière sans luminosité”. En fait, elle se rapporte à la substance réelle ou, pour mieux l’exprimer, à la substance qui n’est associée ni à la lumière ni à l’obscurité, mais qui est au-delà des deux.

Il arrive aussi parfois dans notre système, qu’un abhyasi voie effectivement de la lumière, mais cela n’arrive qu’au début lorsque la matière entre en contact avec l’énergie. En d’autres termes, c’est un indice qui montre que l’énergie a commencé à travailler. Du reste, la lumière n’étant pas notre but, la vision de la luminosité à l’intérieur ou à l’extérieur n’indique en aucun cas qu’on ait atteint la réalisation.

Dans le système Sahaj Marg, les énergies latentes du Centre et des sous-centres sont éveillées pour leur permettre de fonctionner correctement. Quand les centres supérieurs sont éveillés, ils commencent à déverser leur effet sur les centres inférieurs. Et lorsqu’ils entrent en contact avec le Divin, les centres inférieurs s’immergent dans les centres supérieurs. Ainsi, les centres supérieurs prennent en charge les centres inférieurs. Ces derniers sont également nettoyés afin de les délivrer des effets plus grossiers qui y sont incrustés. C’est la seule méthode correcte et la plus naturelle – qui permette d’obtenir les résultats les plus élevés.

Il est une chose sur laquelle j’insiste tout spécialement : l’abhyasi doit cultiver en lui un désir ardent de réaliser le but, pouvant aller jusqu’à la soif intense qui ne lui laisse aucun repos, ou l’impatience cuisante. C’est ce sentiment de douleur ou de non-repos, pourrait-on dire, qu’il faut développer afin d’obtenir la garantie d’un succès facile. Mais je crains cependant qu’on ne vienne me dire qu’on ne s’est pas engagé dans le champ de la spiritualité pour connaître la souffrance ou le non-repos, mais pour obtenir la paix et la tranquillité. Il est possible que de ce point de vue on ait raison. Mais je dirai que selon moi, les premiers (souffrance et non-repos) sont réservés à ceux qui ont les yeux fixés sur le Divin, tandis que les derniers (paix et tranquillité) sont destinés à ceux qui souhaitent en quelque sorte participer aux délices de l’intoxication. Ces derniers (paix et tranquillité) ne sont pas très difficiles à atteindre, tandis que les premiers (souffrance et non-repos) ne sont bien sûr pas un jeu d’enfant. Beaucoup ont dû goûter à la condition de paix. Goûtons à présent à cette autre condition pour une étincelle de laquelle nous serions prêts à renoncer à un millier d’états de paix et de calme. Ceci est en fait la base de toute la structure qui engendre la venue au monde de rares personnalités. L’état de paix réelle dépasse en effet la compréhension. Il n’admet aucune contradiction. Ce n’est à proprement parler ni la paix ni l’état de non-repos, ni l’union ni la séparation, ni la félicité ni son contraire. C’est après tout, ce pour quoi nous avons développé la souffrance. Puissiez-vous tous goûter à cette souffrance. Elle n’est cependant pas difficile à cultiver. Pour réaliser le but, il suffit de diriger vers lui une volonté ferme et une attention sans faille. Vous découvrirez alors que ce que vous cherchez est tout près de vous. Que dis-je ! il est bien possible que vous soyez vous-même ce que vous recherchez. Pour y parvenir, il vous faut un cœur ardent qui puisse réduire en cendres les mauvaises herbes et les buissons qui obstruent le chemin.

 

 
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