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La Réalité
à l'Aube Table des matières Chapitre 3. Les voies et les moyens Chapitre 5. L’entraînement spirituel Chapitre 7. Le souvenir constant
Avant d'exprimer mon opinion sur le sujet qui fait l'objet de ce court traité, j'éprouve un plaisir tout particulier à écrire ces quelques lignes à propos de l'auteur. Cet auteur Mahatma Ram Chandraji, est le président de la Shri Ram Chandra Mission. Il mène la vie ordinaire d'un chef de famille entouré de toutes sortes de soucis et de responsabilités liés à la vie dans le monde. Son corps est frêle et son aspect extérieur est absolument sans prétention. Suivant mon habitude d'examiner soigneusement les choses avant d'en venir à une conclusion, je l'ai étudié minutieusement pendant environ cinq ans, et j'ai été convaincu qu'il a en lui toutes les qualités que l'on s'attend à trouver chez une âme très évoluée. A mon avis, il ne serait pas exagéré de dire que sa réalisation spirituelle peut être qualifiée de rare. Il a présenté, sous le nom de Sahaj Marg, une méthode réadaptée de raja-yoga qui est aisément accessible à tous sans distinction. Son œuvre précédente, L’efficacité du raja-yoga à la lumière du Sahaj Marg, traite en détail de cette méthode. La caractéristique particulière de la méthode est la transmission d'énergie yogique dans l' abhyasi, par laquelle ses complexités intérieures sont chassées et ses chakras nettoyés et illuminés, ce qui rend son chemin aisé et sans heurt. J'ai écrit tout ceci, car on n'insistera jamais assez sur le fait que c'est toujours l'efficacité de la technique et l'envergure du guide qui importent, et qu'une erreur dans le choix de l'un ou de l'autre peut rendre tout effort vain et sans effet. Ce livre est un court traité de raja-yoga et il mérite d'être étudié avec une grande attention par ceux qui s'intéressent à la spiritualité. Le principal objectif du raja-yoga est de réaliser soi-même la vérité décrite dans les enseignements des grands sages de l'antiquité. Se contenter de louer en paroles les enseignements, ou même de croire que ce sont des règles de conduite justes, ne nous mène pas loin. Mais cela fait une grande différence pour celui qui réussit à faire de ces enseignements la règle de sa vie, après avoir réalisé en lui-même leur vérité. Cela l'aide à atteindre le plus haut développement spirituel. Les pouvoirs qu'une telle personne acquiert sont illimités, mais lui-même ne leur prête pas attention et ses actes sont uniquement guidés par des directives venues d'en haut. Une telle personne ne se soucie ni de la richesse ni du confort que cette dernière apporte. L'idée d'acquérir de la popularité, de se faire un nom ou de devenir célèbre ne lui vient jamais à l'esprit. Ces actes ne sont pas guidés par un quelconque désir personnel. Voilà les normes selon lesquelles j'ai essayé de juger l'auteur et, autant que cela m'est possible, je suis convaincu qu'il possède amplement les caractéristiques ci-dessus. Les sujets traités dans ce livre sont tous d'une importance vitale pour celui qui désire intensément la réalisation, le point le plus dynamique et le plus encourageant en est que l'on peut arriver aux plus hautes réalisations tout en menant la vie d'un chef de famille. Il est très décourageant d'entendre constamment répéter depuis des siècles, que les plus hautes réalisations yogiques ne sont absolument pas accessibles à ceux qui ne mènent pas une vie de sannyasin . On prêche partout que le détachement ( vairagya ), trait essentiel de la vie spirituelle, signifie seulement la rupture de toutes relations avec ce monde pour embrasser une vie de religieux mendiant. Il n'en est pas vraiment ainsi et la vie de Raja Janak démontre bien ce fait. Que l'état de vairagya soit possible dans toutes les conditions sociales et toutes les circonstances est tout à fait compréhensible. L'auteur conçoit Dieu comme une Non-Entité-Absolue dépourvue de tout attribut, de tout pouvoir et même de toute activité ou stimulus. C'est une approche audacieuse de la Réalité, pure et simple, qui dépasse la vision des religions. En fait, comme il le dit dans son livre : « La liberté peut être atteinte quand on s'engage sur le chemin de la spiritualité. Dans son essence la spiritualité se résume à abandonner et rejeter toutes les enveloppes (limitations) qui servent à maintenir notre âme en esclavage. » La conception de l'auteur sur la Réalité est expliquée par le schéma du chapitre II. La circonférence la plus externe représente notre état présent d'existence très grossière, alors que le Centre de la Base-Absolue (la Non-Entité) est le but ultime. Notre cheminement depuis la circonférence externe jusque vers le Centre recouvre tous les états spirituels jusqu'à la plus haute possibilité de l'approche humaine. Le dernier chapitre contient la vision de l'auteur sur l'avenir. Il ne faut pas le traiter comme une simple prophétie d'astrologue. Un yogi au plus haut niveau de perfection est en communion directe avec la Nature, au point que tout dans le passé ou l'avenir peut être aussi clair et vivant pour lui que le présent. Il lui est possible de lire tout ce qui existe dans la nature dans son état de clairvoyance. J'ai écrit ces quelques lignes pour préparer le lecteur de ce traité, qui, je le pense, pourra être très profitable à ceux dont l'intérêt se porte vers la réalisation. Je recommande donc, sans hésitation, à tous ceux qui étudient la spiritualité d'en faire une étude approfondie. M.L. Chaturvedi Juge à la Haute Cour d'Allahabad (UP)
La quête de l'humanité depuis sa naissance, a toujours été d'adorer Dieu, de démêler les mystères derrière les apparences extérieures, et de saisir la vérité fondamentale. C'est la genèse de la religion. L'adorateur garde devant les yeux la félicité éternelle du paradis, ou quelqu'autre vision semblable, qui constitue son but final. Ainsi sont nées les religions dans le monde avec leurs formes et leurs rituels prescrits et basés sur les expériences personnelles pratiques de leurs grands fondateurs. Mais, des milliers d'années plus tard, alors que l'environnement a complètement changé, et que la vie a connu une transformation radicale, on continue à adhérer aux mêmes vieilles formules et aux mêmes vieux principes. Alors, seule la forme extérieure demeure intacte, tandis que l'esprit intérieur est perdu. Le résultat en est que le véhicule de la religion est devenu usé, et il ne serait pas faux de dire, que la religion contemporaine n'est plus qu'une relique du passé, ou les os d'un mort. Nous avons, en vérité, enfoui la vraie religion dans un tombeau. Nous ne faisons plus que battre des mains au nom de la religion et rien d'autre. Le véritable esprit est perdu et seules les formalités restent en place. Les formes extérieures, les rituels, sont les seules choses que l'on peut encore voir, et ils sont accomplis avec un très grand souci d'orthodoxie et une très grande constance même s'ils n'ont plus le moindre contact avec la Réalité. Notre foi dans la Réalité a ainsi tellement diminué qu'elle est proche de son extinction. Elle est plutôt déformée, en formes et rituels seuls. Elle dégénère graduellement en bigoterie ou préjugé, ce qui est malheureusement devenu la caractéristique permanente de la religion d'aujourd'hui. Notre foi aveugle dans les cérémonies, nous maintient dans l'obscurité quant à la Réalité, et inconsciemment nous développons en nous un sentiment de haine, contre ceux qui croient en d'autres formes ou d'autres rituels. En conséquence, on rencontre des jalousies et des querelles entre les membres des différentes religions. L'Inde a obtenu la liberté politique, mais l'indépendance personnelle ou la liberté de l'âme est encore à venir. Le principal obstacle en est le manque de capacité à avoir une vision plus large et une pensée libre. Toute l'atmosphère est surchargée de préjugés et de rivalités. Tout l'édifice de la culture et de la société repose sur la même fondation. Les jalousies entre sectes sont la principale cause de la chute de notre civilisation. A présent il n'y a pas moins de trois mille castes en Inde et chacune d'elle constitue une unité séparée. L'origine de ces castes remonte aux confréries de travailleurs et d'artisans, qui s'étaient organisées pour résoudre la question de la division du travail. Mais aujourd'hui chaque confrérie essaie de se retrancher du reste de la communauté, pour former une unité séparée et indépendante, qui nourrit des sentiments de haine et de jalousie envers les autres. Toute la société marche ainsi vers sa désintégration. Le moment arrive où ce mal cessera bientôt d'exister. La Nature est au travail pour en finir avec ce mal. La faux du temps est impitoyable. Que cela serve d'avertissement aux ardents supporters et avocats du préjugé des castes. Ils ne pourront échapper aux conséquences qu'en s'amendant à temps. La volonté de Dieu doit suivre son cours. Le préjugé est le plus grand des maux, pire, c'est le poison mortel de la vie spirituelle. Il nous maintient enfermés en nous-mêmes perdant tout accès à une vision plus large. Il génère l'étroitesse d'esprit et tous ceux qui y attachent leur âme perdent toute perspective de développement. Le préjugé engendre la haine envers les autres et n'est que le sentiment d'une fausse supériorité sous une forme déguisée. Si vous nourrissez ce mal vous ne faites qu'ajouter un maillon de plus à la chaîne de l'égoïté, ce qui vous éloignera encore de la Réalité. La réalisation du Sans-Limite, devient ainsi impossible. L'amour universel, la véritable base fondamentale de la religion ayant totalement disparu, la religion que l'on considérait en général comme un lien entre l'homme et Dieu, est au contraire devenue désormais un obstacle. Si nous restons étroitement attachés à une forme particulière de pratique, sans avoir une idée claire de sa vraie signification et de son but final, nous commettons probablement la plus grande bévue. Dieu ne doit pas être découvert dans les replis d'une religion ou d'une secte particulière. Il n'est pas confiné dans certaines formes ou rituels, pas plus qu'on ne peut Le découvrir dans les écritures. Il nous faut Le chercher au plus profond de notre cœur. Il y a différentes conceptions de Dieu. Les gens le conçoivent différemment selon leur aptitude et leur compréhension. Le concept de Dieu le plus couramment accepté est celui d'un Pouvoir-Eternel, mais la philosophie va bien au-delà et embrasse la notion d'Absolu-Indéterminé (Nirguna-Brahman) qui est au-delà de toute multiplicité et de toutes distinctions. C'est la Cause-Ultime et le Substratum de l'existence, le Centre-Supra-Actif de la manifestation toute entière ou la Base-Absolue. Il est au-delà de la qualité, de l'activité et de la conscience. Il est aussi appelé Para-Brahman. Ensuite vient l'idée de Dieu en tant qu'Existence-Suprême. Nous voyons l'univers dans toute sa diversité et avec ses différences, et nous sommes conduits à croire en son créateur et son contrôleur. Nous l'appelons Ishwara ou Saguna-Brahman (Absolu déterminé). Nous pensons à lui comme à une existence sans forme et éternelle, omnipotente et omnisciente et douée de tous les attributs les plus subtils. Il est la cause efficiente de l'univers et il est aussi son préservateur et son destructeur. C'est seulement quand on le considère de ce point de vue inférieur que Dieu (en tant que Dieu des religions) devient un objet de culte. Ceci est la conception la plus élevée de presque toutes les religions. Jusque là, Dieu est conçu comme sans forme ( nirakar ), mais possédant certains attributs. En soi, cette idée est déjà difficile pour le commun des mortels. Ils essayent donc de le saisir plus facilement en lui donnant une forme plus tangible. Quelques-uns donc, pensent à lui comme s'il était assis au plus haut des cieux, dispensant justice et bienfaits à tous. D'autres pensent à lui comme une force omniprésente et qui contrôle l'univers. Ainsi, progressivement nous sommes passés de l'aspect sans forme ( nirakar ) à quelque chose de tangible (sakar ). On a beaucoup parlé dans les ouvrages religieux de ces deux concepts de nirakar et sakar mais, en vérité, ces deux conceptions, telles qu'on les comprend généralement, sont tout à fait trompeuses. En vérité Dieu n'est ni nirakar ni sakar , mais il est au-delà des deux. Ceux qui le traitent de sakar limitent le Sans-Limite à la forme. En conséquence ils cultivent l'étroitesse d'esprit et restent toujours limités. Si nous le considérons comme nirakar , l'idée même nous fait penser à la limitation des attributs de créateur, contrôleur et destructeur. Même l'idée de Dieu comme Pouvoir ou Energie est encore un concept limité. Nous arrivons plus loin à la notion de Non-Entité ou Zéro, cependant nous sommes encore quelque peu en dehors de la Réalité. Que dire alors ? les mots manquent. Qu'il suffise de dire que si nous sommes véritablement en dehors des deux conceptions différentes ( nirakar et sakar ) nous pouvons penser que nous sommes dans la bonne voie. Tant que nous restons enfermés dans les bornes de la religion, le Dieu de la religion demeure notre façon de voir, et nous restons emprisonnés dans l'une ou l'autre conception. La plus haute réalisation spirituelle n'est possible qu'en les dépassant. En fait la spiritualité commence où la religion finit. La religion n'est qu'une étape préliminaire pour préparer un homme à marcher sur le chemin de la liberté. Quand il a posé le pied sur le chemin il est désormais au-delà des limites de la religion. La fin de la religion est le commencement de la spiritualité, la fin de la spiritualité est le commencement de la Réalité, et la fin de la Réalité est la vraie béatitude. Quand même cela a disparu, nous avons atteint le but. C'est le plus haut niveau qui est presque inexprimable en mots. Les formes variées du culte des dieux ou des déités sont un vulgaire développement de la même théorie du sakar . Le culte des différentes forces de la nature et même des montagnes, rivières ou arbres, est une dégradation plus poussée de la même idée. Quel dommage ! Au lieu d'adorer le Maître de tout nous adorons des serviteurs ignorant totalement le Maître, et nous ne sommes pas prêts à entendre le moindre mot contre notre lot de préjugés. C'est pourquoi il y a aujourd'hui tant de sectes et de credo, chacun adorant son dieu ou sa déesse à sa manière spéciale. Évidemment leur but n'est même pas la libération, dans la plupart des cas ce n'est que la délivrance d'une souffrance particulière ou quelque gain matériel. Les gens sont conduits à de tels cultes soit par la force des circonstances, soit par les conseils erronés de ceux qui sont totalement ignorants en matière de réalisation du Soi. Le Seigneur Krishna a complètement éclairé cette question dans la Gita. Le culte des différents dieux ne peut vous conduire, (au mieux) que jusqu'à leur sphère qui est limitée et se trouve bien en deçà du point de la libération. Eux-mêmes sont incapables d'aller plus loin. Que leurs dévots puissent donc dépasser ce point est, de ce fait, hors de question. Il est donc évident que ces dieux et déités ne nous servent à rien, si notre vrai but est la Réalité. J'ai illustré ce point plus clairement dans mon livre L'efficacité du raja-yoga à la lumière du Sahaj Marg . Les formes mécaniques de culte, communément adoptées par ceux qui désirent ardemment que les dieux et déesses favorisent leurs desseins terrestres, représentent encore une autre absurdité. Ce n'est pas du tout un culte. Ils jouent seulement le rôle du manœuvre pour ainsi dire qui, à la fin, reçoit son salaire journalier pour le travail physique qu'il a accompli. La forme matérielle, solide de Dieu qu'ils entretiennent dans leur mental, et adorent avec foi et dévotion, les conduit à une grossièreté interne et, s'ils continuent cette forme de pratique pendant longtemps, ils se solidifient de plus en plus faisant ainsi obstacle à leur approche de la Réalité. Le résultat, dans de tels cas, devient évident pour presque tout le monde. Les sages de l'Antiquité, trouvant que commencer par l'adoration d'un Absolu-Immatériel était d'un abord difficile pour les masses, avaient conçu certaines méthodes commodes pour leur élévation. Ils commencèrent en proposant une forme visible que les masses puissent facilement saisir et comprendre. Mais ce que les gens pouvaient saisir et comprendre facilement était différent pour chacun. Pour les gens du plus bas niveau, ils prirent quelque chose qui avait apparemment une forme solide. Pour ceux qui étaient plus élevés, une forme abstraite : la splendeur, la lumière ou un attribut divin servait de point de départ. Pour les esprits bien cultivés, une notion subtile de Dieu suffisait. Ainsi ce n'était que pour les gens du plus bas niveau qu'ils avaient adopté une forme solide telle que peinture ou image et cela, à titre seulement provisoire. Après quelques progrès, ils abandonnaient cela, et, passaient à l'étape suivante à l'aide d'une forme plus subtile. C'est exactement comme pour apprendre à écrire à un enfant, on lui fait suivre des lettres déjà imprimées, et après un peu de pratique, on abandonne cette méthode et l'enfant est capable d'écrire tout seul sans l'aide des caractères imprimés. Ainsi la forme solide ou l'image ne devait être utilisée que par les débutants, pendant un certain temps. Après quoi, ils passaient à l'étape suivante. En outre, l'image choisie pour ce dessein, était pleinement chargée de force spirituelle en sorte que ceux qui s'asseyaient autour avec un esprit de dévotion et d'adoration, bénéficiaient un peu de son constant rayonnement. Maintenant les personnes qui ont assez d'envergure pour avoir le pouvoir d'infuser la force spirituelle dans une image sont rares, bien que le procédé de prana-pratishta continue à être pratiqué, mais comme pure formalité. Donc, les endroits et les images ainsi chargés il y a des milliers d'années ont presque perdu depuis tout ce temps toute leur efficacité, et les gens qui les adorent et leur rendent un culte n'en retirent pratiquement plus aucun bénéfice réel. Il n'y a pourtant aucun doute que ce procédé n'a été utilisé que pour les gens du plus bas niveau, ayant peu d'intelligence, ceux qui autrement n'auraient pu se consacrer au Seigneur en aucune façon. Il est aussi certain que cette méthode si elle est suivie avec ténacité jusqu'à la fin, va à l'encontre de son but et ne procure aucun bénéfice spirituel. Saint Kabir a joliment exprimé cette idée dans les lignes suivantes : « Si on pouvait atteindre Dieu en rendant un culte à une pierre, je serais prêt à adorer une montagne. Mais on arriverait peut-être à un meilleur résultat en adorant la meule à grain qui écrase le blé pour nourrir le monde. » A mon point de vue, ceux qui s'accrochent à cette sorte de culte toute leur vie, pataugent profondément dans le bourbier de l'impiété. Il est très difficile de les en tirer. Avec le temps, après une pratique constante, ils lui deviennent si fortement attachés qu'ils ne peuvent même plus penser l'ombre d'un instant à s'en écarter. Ils restent sur place. Ils ne désirent pas se débarrasser des idées dont ils sont déjà imprégnés. De plus, ils utilisent leur pouvoir ou pensée et les rendent (les idées) plus fortes et plus denses. Toute chose jette un reflet correspondant à ce qu'elle est. S'il s'agit d'une chose subtile, son reflet sera aussi de caractère subtil, mais si elle est grossière, son reflet sera aussi grossier. Si nous nous concentrons sur une chose dense (1) [(1) NDT : le mot anglais “solid ” est ici traduit par solide ou dense dans l'idée de quelque chose ayant la nature du roc, en opposition à ce qui est subtil.], nous pouvons être sûrs de devenir nous-mêmes intérieurement denses (1). De grands dommages ont été provoqués par les instructeurs qui ont présenté aux masses ignorantes, sous la forme la plus matérielle, tout ce qu'ils avaient appris dans les livres sacrés. Cela détruit le pouvoir de réflexion du mental. Si quelqu'un arrive à cet état affreux, il est perdu à jamais. Il perd le moyen d'arriver à une vision plus large et sa capacité de progrès ultérieurs disparaît. De telles personnes peuvent être comparées à des grenouilles dans un puits ; elles n'ont qu'un petit rayon d'activité qu'elles considèrent comme totalement satisfaisant. Elles continuent à tourner en rond dans un cercle fermé, murées de tous côtés. Elles s'acharnent sur la même chose toute leur vie. Les histoires et les images de dieux sont tout pour elles et cela leur suffit. A la longue, cette pratique affecte les cellules de leur cerveau et elles se saturent jour après jour de pensées de plus en plus puissantes. Finalement tout le système nerveux est affecté. L'opacité extérieure se glisse petit à petit à l'intérieur, et achève le travail. Ils sont maintenant complètement imperméables à la lumière divine, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur. L'accès à leur moi profond est complètement obstrué. Je les nommerais alors des pierres vivantes. La croûte dure qu'ils ont ainsi formée les tient à l'écart du moindre contact avec quoi que ce soit de plus élevé ou de plus subtil. Ils sont presque ensorcelés par ses effets qu'ils prennent pour un niveau spirituel alors qu'en fait ils en sont bien loin. Mon expérience personnelle dans le domaine spirituel, m'a montré qu'il est particulièrement difficile et pénible de briser la croûte dure que crée cette forme de pratique autour du cœur de ceux qui viennent à moi, pour continuer leur recherche spirituelle. Si quelqu'un désire se libérer de ces entraves de l'âme, il doit obligatoirement éliminer la couche de grossièreté et de solidité installée sur son mental, à la suite de ces pratiques absurdes. Une autre forme de culte, que l'on considère communément comme plus évoluée, consiste à chanter ou à réciter en chœur des textes à la louange du dieu ou de la déesse qu'on adore. Les gens s'assemblent tard dans la nuit pour chanter en chœur du plus fort qu'ils le peuvent, et ils perturbent l'atmosphère calme de la nuit. Ils pensent ainsi s'acquitter d'un pieux devoir, en “injectant”, ainsi qu'ils le disent, le nom sacré de Dieu dans le maximum d'oreilles. Ils vont même plus loin et utilisent parfois des micros pour diffuser le son. Ils ne se soucient absolument pas de la perturbation et des dommages que cela peut causer aux personnes qui ont besoin de repos après la fatigue de leur journée de travail, ainsi qu'aux malades. lIs peuvent aussi, en même temps, déranger sérieusement ceux qui pratiquent la méditation au cours des heures calmes de la nuit. De plus, cette pratique, telle qu'on l'accomplit généralement aujourd'hui, n'est pas d'une grande utilité pour notre progrès spirituel et, par conséquent, ne sert pas à grand chose. Les mélopées des “sankirtanistes” peuvent se comparer assez bien aux gémissements d'un malade, elles le consolent provisoirement mais ne le soulagent pas réellement. Ces chants ne leur sont donc d'aucune utilité, mis à part l'effet charmeur de la mélodie qui aide à élever leur pensée, pendant un moment, vers l'idéal choisi. Et puis, tout ce que nous pensons ou contemplons produit des vibrations en nous. Quand ces vibrations se multiplient, elles produisent une force qui jaillit au dehors, en produisant un son. Ces vibrations transportent avec elles l'effet des pensées et des sentiments individuels. Ainsi, l'effet sacré des mentals purs qui se trouvent dans le groupe, peut être dégradé par le mauvais effet des mentals impies. Les éléments indésirables doivent donc être tenus à distance, si l'on veut tirer le complet bénéfice de ces séances. Telle était la pratique suivie par Chaitanya Mahaprabu qui ne pratiquait les sankirtans (chants religieux pratiqués en assemblée) qu'avec des groupes dont il connaissait parfaitement la valeur et la piété de chaque membre. La célébration s'accomplissait alors toutes portes closes et aucun étranger n'était admis. En fait, les chants religieux (sankirtan) ne permettent pas de progresser au début, mais n'apportent une certaine aide que lorsque l'on fait suffisamment de progrès. Ils ont leur maximum d'efficacité quand ils sont chantés dans une atmosphère convenable chargée de pensées pieuses. Ils peuvent aussi être utilisés dans un but récréatif, après des pratiques mentales sérieuses. Qui plus est, malheureusement, aujourd'hui l'idéal choisi pendant ces pratiques n'est pas des plus élevé. Dans la plupart des cas les gens demeurent continuellement en contact avec l'idée des dieux sous leur forme physique, et gardent à l'esprit le corps grossier de ces derniers et leurs activités. L'effet de cette grossière conception n'est qu'une opacité et une grossièreté intérieures que les gens absorbent tout au long de leur pratique. Un concept grossier vous maintiendra forcément dans des liens et des limitations, et le but final, la liberté absolue devient impossible. Voilà la raison pour laquelle en dépit de leurs années de pratique, ces gens se trouvent au plus bas niveau de réalisation. Pour ainsi dire, ils cherchent tout dans une mare stagnante où même l'oxygène nécessaire à l'entretien de la vie fait défaut. Ils ont fait de cette mare leur résidence permanente. Une lumière convenable est nécessaire à la formation des perles. Pour obtenir la liberté absolue de tout asservissement, il nous faut nous efforcer de devenir le plus léger et le plus subtil possible, afin de correspondre étroitement aux attributs divins et de parvenir à une similitude complète avec Lui. Le nectar de la vie est pour celui, et celui-là seul, qui s'élève jusqu'au critère requis pour ce but.
Il n'y a peut-être que quelques hommes parmi la multitude qui aient jamais réfléchi sérieusement au problème de la vie. Généralement ils n'en ont qu'une vision très limitée. Leur seul problème est de s'assurer une vie décente bien pourvue de toutes les facilités qu'ils désirent. En d'autres termes, l'objectif de leur vie consiste seulement à s'assurer le plus grand confort et la meilleure place possibles dans le monde. S'ils sont capables d'y arriver, ils considèrent leur vie comme un succès, sinon ils pensent avoir échoué. Ils peuvent cependant passer pour de grands hommes, des philosophes, des savants ou des hommes politiques, et acquérir de grands richesses et une renommée mondiale sans pour autant que le problème de la vie soit résolu. En fait, ce problème ne finit pas vraiment avec la mort, car celle-ci n'est qu'un changement de forme. Notre prochaine vie, quelle qu'elle puisse être, commence après la mort. De même qu'avant notre vie présente nous avons eu de nombreuses autres vies, sous différentes formes, de même, après notre mort, nous pouvons avoir de nombreuses autres vies. Le cycle de la naissance et de la mort continue indéfiniment. Le problème qui se pose à nous n'est donc pas de découvrir une solution à notre vie actuelle, mais à toutes les vies que nous pouvons encore avoir. Au sens le plus large, cela recouvre l'existence entière de l'âme sous toutes les formes, grossières ou subtiles, à toutes les époques, jusqu'au maha-pralaya (la dissolution finale de tout l'Univers). Il peut y avoir des différences d'opinion sur la question des naissances et des morts, selon les différentes religions, mais il est certain que la seule connaissance théorique des écritures ne résoudra pas la question. L'expérience pratique dans le domaine spirituel est nécessaire pour cela. La question est réglée pour celui qui a acquis anubhava-shakti (la capacité intuitive) du type le plus subtil et peut désormais réaliser lui-même le véritable état de vie. Les gens expliquent cependant ce mystère de différentes manières, mais presque tous sont d'accord pour admettre que l'objectif de la vie est de parvenir à la félicité éternelle après la mort. Dans ce but ils insistent sur une vie de vertu, de sacrifice et de dévotion, qui les conduira à la félicité éternelle du Paradis ou bien au salut ou à la paix. Mais ce n'est pas la fin du problème, celui-ci se poursuit bien plus loin. Pour trouver cette solution il nous faut maintenant considérer le point d'où est partie notre existence. Notre existence dans sa forme grossière actuelle n'est ni soudaine ni accidentelle, mais résulte d'un lent processus d'évolution. L'existence de l'âme peut être dépistée jusqu'à l'époque de la création, quand l'âme existait à l'état nu, en temps qu'entité séparée. De ce premier état d'existence de l'âme, dans sa forme la plus subtile, nous sommes allés vers des formes d'existence de plus en plus grossières. On peut les définir comme des enveloppes autour de l'âme. Les premières enveloppes furent de la nature la plus subtile, et avec elles, nous existions dans notre terre natale : le royaume de Dieu. Les couches d'ego continuèrent de s'ajouter et par la suite la psyché (manas ), la conscience (chit), l'intellect (manas ) et l'ego (ahankar) dans leurs formes plus grossières commencèrent à contribuer à notre grossièreté. A leur tour, les impressions (samskaras ) commencèrent à se former avec les conséquences que cela implique. Le vice et la vertu apparurent. Lentement, notre existence prit la forme la plus dense. L'effet des samskaras est le commencement des sentiments de confort, de douleur, de joie et de chagrin. Notre attirance vers les plaisirs et les choses agréables, notre répulsion pour les chagrins et la douleur, ont engendré des complications ultérieures. En général nous nous sentons entourés par la douleur et la souffrance et nous pensons que nous en délivrer est notre but principal. C'est une vue très limitée du problème. Les buts et les objectifs de la vie, conçus en termes de desseins terrestres, sont pratiquement sans signification. Nous oublions que douleurs et chagrins ne sont que les symptômes d'une maladie, mais que la maladie se trouve ailleurs. Pratiquer la dévotion, dans le but de plaire à Dieu, pour s'assurer confort et profits terrestres, n'est que comédie. Notre problème ne consiste pas seulement à nous délivrer de la souffrance et de la douleur, mais à nous libérer de l'asservissement, qui est la cause ultime de la souffrance et de la douleur. La liberté par rapport à cet asservissement c'est la libération. Elle diffère du salut qui n'est pas la fin du processus des renaissances. Le salut n'est qu'un arrêt temporaire du cycle. C'est la suspension du processus des naissances et des morts seulement pendant une période définie, après quoi nous reprenons une forme matérielle. Le cercle sans fin des renaissances ne se termine qu'avec la libération. C'est la fin de nos douleurs et de nos souffrances. Nous ne pouvons prendre comme but de la vie rien de moins que la libération, bien qu'il reste encore beaucoup de choses au-delà. Pourtant il n'y a que quelques personnes qui prennent la libération comme but final de leur vie, bien qu'elle représente le plus bas échelon de l'ascension spirituelle. Le problème de la vie n'est absolument pas résolu si nous restons en dessous de ce niveau. Certains peuvent dire qu'ils ne désirent pas la libération (mukti ), ils veulent seulement continuer de revenir sans fin dans le monde, et pratiquer la dévotion ( bhakti ). Le but de leur vie n'est ni déterminé, ni défini. Ils disent que la dévotion ( bhakti ) seule constitue leur but et rien au-delà. En fait, ils sont attirés par l'état plaisant de la condition de dévot ( bhakta) et se plaisent à y demeurer enchevêtrés à jamais. Ils ne font cela que pour se faire plaisir. Se libérer de l'éternel asservissement est impossible, tant que nous sommes pris dans des liens. Le désir ardent naturel à l'âme est d'être libre de tout asservissement. Si quelqu'un ne désire pas se libérer des liens, il n'y a pas de solution pour lui. La dévotion est un moyen d'arriver au but et non pas le but lui-même. En fait, comme je le disais ci-dessus, ils sont séduits par le charme de cet état primaire, et ne désirent plus s'en éloigner à aucun moment. Leur vision limitée les empêche d'arriver à une vision plus large, et ils ne voient rien de ce qui est au-delà. Un autre argument fallacieux que l'on avance pour soutenir la pratique de la dévotion pour elle-même, c'est que si la dévotion est pratiquée en vue d'un objectif particulier, elle est loin d'être sans désir (nishkam). La dévotion sans désir ( nishkam-upasana) dont on parle dans la Gita insiste pour que nous pratiquions la dévotion sans en attendre un résultat défini. Cela veut dire, réellement, qu'il nous faut pratiquer la dévotion sans garder les yeux fixés sur un objectif terrestre, et sans se soucier de la satisfaction de nos désirs. Cela ne nous empêche pas de fixer notre mental sur le but de la vie, ce qui est absolument essentiel pour ceux qui sont en marche. Le but de la vie ne signifie rien d'autre que le point que nous devons finalement atteindre. Il s'agit en d'autres termes de la réminiscence de notre terre natale ou de l'état antérieur à notre actuelle existence matérielle auquel il nous faudra finalement retourner. Nous ne gardons consciemment dans notre mental que l'idée de la destination, et dans ce but nous ne pratiquons la dévotion que comme un devoir. Le devoir pour le devoir est sans aucun doute nishkam-karma (action impersonnelle) et réaliser le but de notre vie, est notre devoir impérieux. J'en arrive maintenant à ce que devrait être
le but véritable de la vie. Il est généralement
admis, qu'il faut choisir le but le plus élevé possible
car, sinon, il est peu probable que l'on puisse progresser jusqu'au
But Ultime. Il est donc nécessaire d'avoir une idée claire
du but le plus élevé qui soit accessible à l'homme.
Nous avons les exemples de Rama et Krishna, les deux incarnations de
la Divinité. Nous les adorons avec foi et dévotion, et
nous voulons parvenir à l'union avec eux. Automatiquement, cela
devient le but de notre vie, et nous pouvons, au mieux, parvenir à
leur niveau. Pourtant Rama et Krishna en tant qu'incarnations furent
des personnalités particulières, investies de pouvoirs
supra naturels, afin de pouvoir travailler comme intermédiaires,
pour accomplir l'œuvre que la nature exigeait et qui avait motivé
leur venue. Ils disposaient des pleins pouvoirs sur diverses forces
de la nature et pouvaient à chaque instant les utiliser de la
manière qu'ils trouvaient adéquate. Le champ de leur activité
était limité selon la nature du travail qu'ils devaient
accomplir. Ils étaient descendus de la sphère de maha-maya
qui est un état d'énergie divine sous forme subtile
et par conséquent d'autant plus puissante. C'est à cause
de cela que l'on a pu observer les résultats excellents de leur
intervention au cours de leur temps de vie. Le point le plus élevé
accessible à l'homme se situe bien au-delà de la sphère
de maha-maya donc bien au-dessus de ce niveau. La plupart des
lecteurs peuvent en être étonnés, mais c'est une
fait indiscutable. Le but final de notre recherche se situe à
un endroit où toute force, tout pouvoir, toute activité,
même tout stimulus disparaît, et l'homme parvient là
à un état de complète négation : la Rien-té
ou Zéro. Cela représente le plus haut point d'approche,
le but final de la vie. J'ai essayé d'exprimer cela dans un schéma
: Marche vers la liberté. Progression vers la liberté
Lire de la périphérie vers le centre : Les cercles concentriques qui figurent autour du centre “C”, représentent grosso modo, les différentes sphères spirituelles que nous traversons au cours de notre progression. Nous partons du cercle le plus extérieur et avançons vers le centre en traversant chaque cercle pour parvenir à l'état suivant. C'est une étendue très vaste. Quand je parle de libération, les gens pensent qu'il s'agit de quelque chose de très lointain qui nécessite des efforts soutenus pendant de nombreuses vies pour y parvenir. Sur ce graphique, l'état de libération se trouve entre le deuxième et le troisième cercle. Les états divers par lesquels il nous faut passer avant d'arriver à la libération ne représentent à eux tous, qu'un cercle et demi. Cela peut aider le lecteur à se faire une petite idée de ce qu'il reste à faire après avoir atteint le point de libération, qui en réalité, ainsi qu'on le croit communément, n'est pas un accomplissement ordinaire. Après en être arrivés là, nous continuons plus loin et traversons les autres cercles jusqu'au cinquième. Nous en sommes à l'état de avyakta-gati (état indifférencié). Dans cet état l'homme est totalement libéré des limitations de maya. Un très petit nombre de sages du passé a pu accéder à cet état. Raja Janak fut l'un d'eux. Sa réalisation était considérée comme tellement exceptionnelle que même les plus éminents des rishis (les sages) de l'époque avaient pris l'habitude d'envoyer leurs fils et leurs disciples se former auprès de lui. La région du cœur ainsi que je l'ai décrite dans mon livre L'efficacité du raja-yoga à la lumière du Sahaj Marg est maintenant dépassée et nous entrons dans la région du mental après avoir traversé le cinquième cercle. Les onze cercles suivants représentent les différentes étapes de l'égoïté. La condition y est plus subtile et gagne encore en subtilité à mesure que nous traversons cette région. Quand nous atteignons le seizième cercle, nous sommes presque libérés de toute notion d'égoïté. Cette condition est presque inconcevable et n'a que rarement été atteinte, même par les plus grands sages. Pour autant que me le permette ma vision, je ne vois que Kabir parmi les anciens sages, qui ait pu atteindre cet état (représenté par le seizième cercle). Ce qui reste après avoir traversé ce cercle n'est qu'une simple identité qui est encore grossière. Nous entrons maintenant dans la région centrale. Là encore nous allons trouver sept anneaux de quelque chose. Je pourrais appeler lumière, puisqu'il faut l'exprimer par des mots, ce que nous traversons dans notre progression. La forme d'identité dense ainsi que je l'appelais plus haut, devient de plus en plus subtile, jusqu'à l'extrême. Nous avons alors atteint une situation tout près du Centre, et c'est la plus haute approche ouverte à l'homme. Là nous sommes en étroite harmonie avec l'état même de la Réalité. L'immersion complète dans le Centre reste cependant impossible, afin qu'il demeure une différence nominale entre Dieu et l'âme. Voilà toute l'étendue de la réalisation humaine, sur laquelle un homme devrait garder le regard fixé dès le début, s'il veut faire les plus grands progrès sur le chemin de la réalisation. Très peu parmi les saints et les yogis du monde entier en ont jamais eu l'idée. Leur approche ultime dans la plupart des cas, n'a pas dépassé le deuxième ou le troisième cercle, et il est dommage que même à cet état préliminaire, ils aient parfois considéré leur réalisation comme très élevée. Je n'ai parlé de tout ceci que pour permettre aux gens de se faire une opinion sur ces soi-disant grands docteurs en divinité, que l'on dit avoir atteint la perfection. Ils sont généralement considérés comme tels par les masses ignorantes, qui ne jugent de leur valeur que par leur aspect extérieur ou leur élégance.
Après avoir déterminé notre but, notre problème est ensuite de découvrir les moyens d'y parvenir. Les sages et les instructeurs ont traité ce sujet en détail. Ils ont établi différentes formes de pratique ou sadhana utiles pour arriver à ce qu'ils avaient déterminé comme étant le but final. Mais pour réaliser Dieu, l'Absolu Indéterminé ou Para-Brahman, il nous faut adopter des méthodes qui conduisent à la complète négation. Le but de notre vie, tel que nous l'avons expliqué au chapitre précédent, est l'état final où nous sommes le plus proche du Centre supra-actif ou Zéro qui est la cause primordiale de toute la manifestation et vers laquelle toute chose retournera finalement après le maha-pralaya (la dissolution totale). Pour parvenir à cet état il nous faut devenir nous-mêmes Zéro. Sans nul doute nous atteindrons ce point tout naturellement au temps de maha-pralaya , mais ce à quoi tendent nos efforts est d'y parvenir le plus tôt possible, afin de nous délivrer des souffrances de vies innombrables. De même que le maha-pralaya (ou la dissolution totale) est fondamental pour que tout revienne à l'origine, de la même manière, pour que nous y revenions, il nous faut accomplir notre pralaya (destruction), c'est-à-dire arriver à un état de dissolution totale de tout ce qui est né de notre activité. Cela signifie qu'il nous faut être libres de toutes nos possessions et reprendre la forme dépouillée qui était la nôtre au temps de la création. Nos possessions sont une accumulation de samskaras (impressions) avec les effets qui en découlent : les complexités et les différentes enveloppes qui se sont groupées autour de l'âme, et qui sont le résultat de nos pensées et de nos actes. Nous possédons des facultés mentales et intellectuelles qui sont toutes actives. Notre mental détermine les actions de notre corps. Nous voyons, entendons, sentons et comprenons les choses. Nous commençons à les aimer ou à avoir de l'aversion pour elles. Des désirs commencent à s'infiltrer progressivement et affectent notre activité. Les anneaux (1) [(1) N.D.T. : de ces différentes enveloppes.] continuent à s'ajouter les uns aux autres et nous nous efforçons de satisfaire nos désirs. Quand un désir est satisfait, il en génère souvent un autre qui prend sa place. Nous sommes rarement libérés de tout désir, ne serait-ce qu'un instant. La plupart des choses que nous voyons nous donne envie de les posséder. Ces désirs conditionnent nos activités physiques et mentales, et conduisent à la formation des samskaras (impressions) ajoutant de plus en plus d'enveloppes à notre âme. Les nouveaux désirs que nous éprouvons à chaque instant, et les efforts que nous faisons pour les satisfaire ajoutent continuellement de nouvelles enveloppes. Ces impressions demeurent dans notre corps causal tant qu'elles ne sont pas balayées par le processus de bhoga . L'achèvement de l'élimination (bhoga ) de toutes les impressions (samskaras ) formées à chaque instant ne peut normalement pas se faire au cours de toute une vie. Ainsi, à la fin de notre vie, beaucoup de samskaras restent emmagasinés en nous. Ce sont ces mêmes samskaras qui provoquent notre renaissance, afin de nous donner une chance d'achever leur bhoga , mais malheureusement au lieu d'en finir avec eux, nous en rajoutons plus que ce que nous avons épuisé. Un autre obstacle sérieux sur notre chemin, provient de nos chagrins et de nos souffrances. Pratiquement tous les humains se plaignent de leurs souffrances et souhaitent s'en débarrasser, mais ils s'y prennent mal. Ils pensent que la satisfaction de leurs désirs constitue le seul moyen d'échapper à leurs souffrances. Or là n'est pas la solution. Les souffrances sont d'ordinaire considérées comme détestables, pourtant il y a des sages qui ont volontairement recherché la souffrance Ils les considéraient comme des faveurs et priaient souvent Dieu de leur en accorder. Ce mystère s'éclaircira si nous cherchons l'origine de la souffrance. La conscience que possède l'âme est une conséquence de la volonté divine d'effectuer la création. L'âme a commencé de la même manière à effectuer sa petite création, et a assemblé autour d'elle les éléments de sa propre création. D'autre part, une agitation, un mouvement (c'est-à-dire : une perturbation, un trouble) fut le facteur principal qui aboutit à la création. De la même manière pour la petite création de l'âme, l'agitation, le trouble, sont indispensables Nous possédons aussi la force de volonté dont nous nous servons pour communiquer la puissance aux éléments nécessaires à l'établissement de cette création. Ils nous apparaissent sous forme de plaisir ou chagrin, bien-être ou souffrance. Le mental, lui aussi, étant constamment en activité, crée en nous le désir des uns et la répulsion pour les autres, introduisant ainsi les deux extrémités d'une chose. C'est ainsi que les souffrances commencent à surgir. Tout ceci est la création du mental humain, laquelle vient de notre ignorance de la véritable parenté des choses. Nos passions, émotions, impulsions contribuent aussi pour une bonne part à augmenter la perturbation et causent parfois des tempêtes suffisamment violentes pour faire craindre un naufrage total Nous en attribuons généralement la cause aux circonstances, mais c'est une erreur. Le mental est le centre de cette expansion extérieure de l'homme, sous sa forme de corps humain, et tout ce qui est fait par l'intermédiaire du corps provient du centre : le mental. Si notre mental parvient à un équilibre harmonieux, il ne se laissera pas affecter par les circonstances et l'environnement et il n'y aura aucune perturbation en lui. Il demeurera paisible et tranquille quelles que soient les circonstances. Les passions, les émotions violentes et les désirs perdront leur intensité et, chagrin, joie ou souffrance disparaîtront. Nos désirs sont la cause principale de nos souffrances, donc la seule solution à nos souffrances est la réduction de nos désirs. Moins nos désirs seront nombreux, moindre sera notre souffrance. Mais devenir sans désir est un autre problème. Les désirs sont un filet dans lequel nous sommes entravés. Plus nous essayons de nous en débarrasser, plus les mailles du filet se resserrent. Le seul moyen de nous en libérer est d'en détourner notre attention et de la fixer sur la seule chose qui soit véritablement Réelle. Si nous prenons l'habitude de ne pas leur prêter attention, nous commencerons bientôt à ne plus les voir, et nos souffrances seront allégées. Seule la Réalité demeurera devant nos yeux, constamment, et tout le reste perdra son attirance et sa signification. L'absence totale de souffrances et de douleurs au cours de la vie est toutefois impossible et anti-naturelle. En fait elles sont plutôt destinées à nous améliorer. Elles sont exactement comme des pilules amères que le médecin donne au malade pour rétablir sa santé. Le mauvais usage de la meilleure chose, elle-même amène des perturbations Il en est ainsi de la souffrance. Une utilisation convenable, de chaque chose au bon moment et de la bonne manière, conduira forcément à de bons résultats en fin de compte. La souffrance est vraiment notre meilleur guide pour aplanir notre chemin. Pour un homme menant une vie ordinaire les souffrances sont très utiles à sa formation. En parlant des souffrances et des peines de la vie de famille, mon Maître avait coutume de dire : « Notre foyer est le terrain d'entraînement de notre patience et de notre résistance. Supporter calmement les épreuves de la vie de famille, constitue pour nous la forme la plus grande et la plus noble de toutes les pénitences, Ce qu'il nous faut faire en fonction des circonstances, n'est donc pas de nous laisser aller à la colère ou au chagrin, mais de les supporter sans hésitation ni murmure en considérant que c'est nous qui avons tort et que c'est pour cela que nous devons les subir calmement. Une vie solitaire dans la forêt et le retrait des affaires du monde peuvent constituer, pour certains, le moyen de cultiver la patience et la longanimité, mais, pour nous, les sarcasmes et les reproches de nos amis et relations sont la plus grande pénitence et le plus sûr moyen de réussite. » En fait, s'accommoder des souffrances et des peines contribue beaucoup à notre amélioration, elles constituent de ce fait un atout valable pour notre progrès. Ce n'est que notre mauvaise réaction à ces épreuves qui gâche leur action et nous prive de leur meilleur bénéfice. Le renoncement ou le non-attachement est sans nul doute une étape essentielle dans la réalisation et nous ne pourrons jamais nous libérer des entraves demayasi nous ne cultivons pas le non-attachement. Mais cela ne signifie pas qu'il nous faille couper nos rapports avec le foyer, la famille et toutes les préoccupations terrestres pour devenir un moine mendiant. Je ne suis pas d'accord avec ceux qui prétendent que le seul moyen de cultiver le non-attachement est de quitter foyer et famille pour se retirer dans un coin solitaire abandonnant tout lien avec le monde. Le renoncement obtenu par ces moyens drastiques s'avère rarement authentique, car il est bien probable qu'en dépit de leur apparent détachement forcé du monde, ils y soient encore accrochés intérieurement. Bien sûr, en tant que chef de famille, il nous faut nous préoccuper de beaucoup de choses, il nous faut subvenir aux besoins de notre famille, veiller à l'éducation de nos enfants, prendre soin de leurs manques et de leurs besoins, les protéger de la chaleur et du froid, des dangers et de la maladie, etc. Pour tout cela nous gagnons et possédons de l'argent et des biens, mais le vrai mal n'est que dans l'attachement injustifié aux choses avec lesquelles nous sommes en contact. C'est la cause principale de nos souffrances. Mais si nous sommes capables de tout faire dans notre vie en pensant qu'il s'agit de notre devoir, sans aucun sentiment d'attirance ou de répulsion, nous sommes, en un sens, libérés des liens terrestres et nous avons renoncé au monde dans le véritable sens, même si nous possédons et utilisons beaucoup de choses. Tout ce que nous possédons semble alors être un prêt sacré du Maître Suprême pour nous permettre d'accomplir les devoirs qui nous sont confiés. Renoncement signifie, en vérité, non-attachement aux objets du monde et non pas non-possession de ces objets. Ainsi la vie de famille pour laquelle la possession de choses et de biens terrestres est indispensable, n'est pas un obstacle sur le chemin du renoncement et, par conséquent, de la réalisation, pour autant qu'on ne s'attache pas indûment aux objets avec lesquels on est en contact. Il y a de nombreux exemples de saints qui ont atteint le plus haut niveau de perfection en ayant toujours mené une vie de famille. Le renoncement est, en fait, une condition ou un état intérieur du mental qui nous fait voir le caractère transitoire et changeant des choses, et qui crée un sentiment de non-attachement pour ces objets. Les yeux restent fixés à tout instant sur la Réalité qui, elle, est éternelle et immuable, et on est libéré du sentiment de l'attrait ou de la répulsion. Voilà ce qu'est vairagya (le renoncement) au sens véritable du terme. Quand nous avons acquis cet état du mental, nous sommes libérés des désirs. Nous sommes satisfaits de ce dont nous disposons. La fin des désirs signifie l'arrêt de la formation des samskaras (les impressions). Il ne nous reste plus qu'à subir l'effet (bhoga ) des impressions déjà formées, et dont il faut nous débarrasser au cours de notre vie. La Nature d'ailleurs nous y aide en créant les champs d'action de bhoga dans le but de chasser du corps causal les impressions laissées par nos pensées et nos actions. Quand ces enveloppes se dissolvent, nous commençons à connaître une forme d'existence plus subtile. Pour contrôler nos pensées et nos actions nous devons veiller au fonctionnement convenable de notre mental qui ne s'arrête jamais même l'espace d'un instant. J'ai souvent entendu les instructeurs religieux se répandre en invectives contre le mental dans les termes les plus acerbes, le qualifiant des termes les plus injurieux et proclamant qu'il est notre pire ennemi. La raison en est très simple. Ils pensent qu'il est la cause de tout le mal en nous et, en conséquence, conseillent aux gens de l'écraser et de ne pas suivre ses ordres. Mais, en général, les gens trouvent très difficile de réfréner les diverses activités du mental ou de négliger ses ordres. Ainsi donc, leurs conseils et conférences théoriques en ce domaine ne leur servent guère, et presque très peu de ceux qui ont entendu ces sermons ont été capables de réaliser cela dans la pratique. De plus, les conditions de vie et l'environnement de notre époque tendent plutôt à augmenter plus que jamais les activités du mental individuel. Presque tout le monde, de nos jours, ressent sa vie comme un dur combat pour survivre et est confronté aux problèmes aigus de la pauvreté, de l'insécurité, de l'angoisse et de la compétition et il est presque impossible de ne pas en être affecté. Par suite, le mental est constamment agité et perturbé. Nous respirons ces problèmes dans l'atmosphère qui nous entoure et par conséquent, nous sommes détournés par les circonstances et l'environnement. Notre mental individuel est devenu une girouette qui tourne selon la direction d'où souffle le vent. Dans cette lutte le véritable héros est celui qui les affronte avec courage et qui demeure libre de leurs effets. Je suis, bien sûr, d'accord avec ceux qui disent que tout mal prend son origine dans le mental et qu'il est donc seul responsable, mais, en même temps, je voudrais leur rappeler que c'est exactement ce même mental qui nous mène à la vertu et nous aide à réaliser notre soi le plus élevé Ce n'est donc pas seulement tout le mal qui vient du mental mais aussi tout le bien. Ainsi, ceux qui condamnent amèrement le mental n'ont aucune justification. Tout cela n'est dû qu'à un fonctionnement défectueux du mental et la seule chose à faire n'est pas de l'écraser ou de l'anéantir, mais de l'entraîner convenablement. Le mental est comme le balancier d'une horloge. L'horloge fonctionne bien tant que le balancier est bien réglé, s'il est perturbé l'horloge est hors de service. De même pour l'horloge humaine il est nécessaire que le mouvement du mental soit bien réglé et ajusté. Le moyen de modeler le mental et de régler ses activités est aussi très simple. En vérité, nous avons nous-mêmes déréglé notre mental, en lui permettant de vagabonder sans but pendant nos heures de loisir. Cela s'est poursuivi durant des années et cela est devenu pour lui presque une seconde nature. Si maintenant nous essayons de contrôler le mental en le contraignant, nous rencontrons peu de succès. Plus nous essayons de le réprimer par la force, plus il réagit, se défend, et cela cause de grandes perturbations. La bonne méthode pour maîtriser les activités du mental consiste à le fixer sur une seule pensée sacrée, ainsi que nous le faisons en méditation et écarter tout ce qui est superflu ou indésirable. Après quelque temps d'une pratique assidue, le mental devient discipliné, réglé et bien des perturbations intérieures se trouvent éliminées. Le meilleur moyen de vous débarrasser des idées indésirables est de les traiter comme des hôtes non invites et de leur rester indifférent. Elles se faneront alors comme des plantes que vous n'arrosez plus et pour finir, seule la pensée sacrée restera prédominante. Le seul moyen d'y arriver est donc la méditation sous la conduite d'un maître compétent. Par une pratique assidue de la méditation le mental deviendra calme et paisible et les pensées indésirables ne vous perturberont plus. J'entends souvent les débutants se plaindre du vagabondage de leur mental pendant la méditation. Dès le premier jour, ils s'attendent à ce que leur mental reste au point mort pendant leur pratique de méditation, aussi, quand ils constatent que des idées et des pensées variées continuent de hanter leur mental, ils se sentent gravement perturbés. Je dois leur expliquer que ce que nous cherchons à obtenir dans notre pratique n'est pas un état de suspension du mental, mais uniquement une régulation de ses multiples activités. Nous ne voulons pas arrêter son travail normal, mais seulement l'amener à un état discipliné et réglé. Si les activités du mental s'arrêtent dès le début, nous n'avons probablement aucun besoin de pratiquer la méditation. La méditation est le seul procédé pour parvenir à ce but La concentration en est le résultat naturel en son temps La méthode convenable consiste à méditer en restant complètement indifférent aux idées et aux pensées étrangères qui traversent notre mental. Entreprendre une bataille mentale pour tenir à l'écart les idées indésirables se révèle souvent inefficace, car cela provoque une forte réaction qu'un homme de capacité ordinaire est souvent dans l'impossibilité de surmonter et qui n'a parfois pas d'autre résultat que de provoquer une sérieuse perturbation mentale et même la folie. Cela peut être possible pour ceux qui menant une vie de célibat ont acquis une purification suffisante (ojas) pour faire face avec succès au flot de leurs pensées et supporter l'effet de leur réaction, mais pour l'homme ordinaire c'est presque impossible. Si, au lieu de nous battre pour tenir à l'écart nos idées, nous leur restons seulement indifférents, elles perdront très vite leur influence et cesseront de nous troubler. Elles seront alors tout comme des chiens aboyant après une caravane qui va de l'avant, sans prendre aucunement garde à eux. Quand on prête attention aux idées pour les arrêter, on se concentre naturellement dessus, leur apportant ainsi une énergie qui les renforce. Une excuse des plus communes utilisée aujourd'hui par certains pour ne pas pratiquer la méditation, ou une pratique du même genre, est qu'ils sont trop occupés pour en avoir le temps, mais il est un dicton bien connu : « Le plus occupé des hommes est celui qui a les plus grands loisirs. » Je suis convaincu qu'un homme dispose de plus de temps qu'il ne lui en faut pour son travail, il ne se plaint du manque de temps que parce qu'il s'organise mal. Si nous utilisions notre temps au mieux, nous n'aurions jamais à nous plaindre d'en manquer. Il en est d'autres qui sont assez francs pour reconnaître que ce n'est pas par manque de temps qu'ils se tiennent à l'écart de leurs devoirs pieux, mais à cause de leur habituelle négligence et de la paresse qu'ils ne peuvent surmonter. A ceux-ci je voudrais dire qu'ils ne sont probablement jamais négligents ou paresseux dans leur métier ou leur profession auxquels ils consacrent tout leur zèle en dépit de leur fatigue ou même de la maladie, uniquement parce qu'ils en espèrent gain ou profit monétaire. Leur désir de gain matériel les rend indifférents à leur fatigue et à la maladie. Si, de même, notre désir (lagan) est grand pour la réalisation du but, nos habitudes de négligence et de paresse ne feront plus obstacle à nos efforts et à nos progrès. Si nous parcourons l'histoire des anciens sages, nous remarquons qu'ils ont sacrifié tout le confort de leur vie, pour atteindre la Réalité. Ils ont mené une vie d'austérité et de pénitence, supportant toutes sortes d'épreuves et de peines, pour l'amour de ce qui était si cher à leur cœur. Leur désir intense d'arriver au but les rendait aveugles à tout le reste, et ils restèrent fermes sur le chemin, sans souci des difficultés et des obstacles. Ce désir intense d'arriver au but et une volonté de fer sont absolument nécessaires pour s'assurer un succès total. Je peux vous certifier que vous pourrez gagner des lauriers dans le domaine spirituel, pour peu que vous tourniez votre attention vers Dieu et que vous alliez de l'avant avec volonté, foi et confiance. Peu importe le degré d'opposition de votre entourage et que vous supportiez les soucis et les chagrins d'une vie de famille. Votre vie active ne sera pas non plus un empêchement. En général, les gens vont vers Dieu avec hésitation, car ils se croient trop faibles et inaptes pour atteindre la chose réelle. Un acte de volonté puissamment établi dès le départ et maintenu tout le long amènera toujours un succès total. La moitié du chemin est déjà parcourue quand quelqu'un entre sur le terrain avec un mental ferme. Les difficultés et l'abattement se dissiperont en un clin d'œil et le chemin du succès sera aisé. Une attitude indécise conduit à un demi effort et il n'en résulte généralement qu'un succès partiel et plus souvent un échec. Notre ferme volonté nous rend automatiquement capable de capter l'énergie de sources inconnues, pour accomplir notre tâche. Une volonté ferme épaulée par une impatience ou par une nostalgie toujours plus intense, accroîtront la puissance de nos efforts et, de ce fait, nous resterons en liaison continuelle avec la réalité elle-même, profitant de la moindre occasion favorable à notre bien-être spirituel et à notre progrès L'impatience, l'impossibilité de se reposer avant d'avoir atteint le but dans le minimum de temps possible sont donc, de loin, les facteurs les plus importants qui contribuent à la rapidité de notre succès. Nous ne devons pas nous reposer, même un seul instant, avant d'avoir atteint le véritable objectif : la paix et le calme éternels. Un désir intense pour un objectif amène naturellement un état de fébrilité et aucun apaisement n'est possible jusqu'à ce que nous ayons mené à bien le projet désiré. C'est donc quelque chose d'essentiel qu'il faut développer de toutes les manières possibles. Ainsi, pour atteindre la paix éternelle, nous cultivons l'impatience et la fébrilité lors de l'étape préliminaire. Il peut paraître étrange, au premier abord, que je vous demande de cultiver la chose même dont nous voulons nous débarrasser, mais c'est le seul moyen d'arriver sûrement et rapidement au succès. La fébrilité ainsi créée est temporaire et sa nature diffère de l'état ordinaire de fébrilité mentale, elle est plus subtile et plus agréable. Elle crée une ouverture dans notre cœur pour que coule le courant divin, et que soit facilité notre passage jusqu'au royaume de Dieu. Si vous plongez de force un homme dans l'eau, vous constaterez qu'il fait des efforts désespérés pour se libérer de votre étreinte. C'est seulement son impatience à sortir de l'eau tout de suite qui augmente la puissance de son effort et il ne se repose pas tant qu'il n'est pas sorti de l'eau. De même, des efforts désespérés de cet ordre, provoqués par une extrême impatience à atteindre le but tout de suite, accéléreront notre avance sur le chemin de la réalisation et garantiront un succès facile dans le plus court délai possible. C'est le moyen le plus facile et le plus efficace pour obtenir une réussite rapide. Mes associés (1) [(1) N.D.T. : Shri Ram Chandra avait coutume de nommer ainsi les personnes qui suivent sa voie et pratiquent sa méthode d'entraînement spirituel.] m'ont souvent demandé quelle était la méthode à utiliser pour créer en soi ce genre de fébrilité. Je peux leur dire que l'amour intense de ce que l'on prend pour objectif y conduira automatiquement. Quand nous sommes profondément amoureux, nous sommes naturellement impatients de nous trouver près de l'objet aimé. Quand nous sommes très amoureux de l'un des objets du monde, sa pensée nous vient sans cesse et nous y pensons, encore et encore. Ainsi, pour développer l'amour du Divin dans nos cœurs, nous n'avons qu'à inverser le processus. Si nous pensons à Dieu fréquemment ou pendant la plus grande partie de la journée, nous développerons automatiquement notre amour pour lui et, en continuant avec ardeur nous créerons dans notre cœur l'impatience de parvenir à l'union au plus tôt. Un autre moyen de développer l'amour de Dieu, est de jouer le rôle de l'amoureux, comme si vous étiez dans une pièce de théâtre, mais cela n'est que pour ceux qui sont presque incapables d'utiliser des moyens plus subtils. La méthode, bien qu'elle soit artificielle, vous amènera bientôt à vraiment sentir un amour véritable et l'impatience commencera d'agiter votre cœur. La facteur le plus important pour la réalisation est la confiance en notre propre aptitude et pouvoir d'arriver au succès. Il est absurde de penser, même pendant un instant, que nous pouvons être, de quelque manière que ce soit, ou trop faibles ou incapables de parvenir au plus haut état de perfection jamais atteint même par les plus grands sages du passé. Nous devons marcher sur le chemin de la réalisation comme un soldat courageux, avec foi et confiance, sans nous soucier des difficultés ni des revers. L'abattement et la déception affaiblissent notre volonté et ébranlent notre fermeté. Il nous faut supporter les revers d'un cœur courageux et ne jamais céder au découragement qui est le pire obstacle et le plus mortel poison de la vie spirituelle. Une chose essentielle dans le comportement d'un homme engagé dans la recherche spirituelle est la modération. C'est un mot au sens très vaste qui recouvre toutes les facettes de l'activité humaine. Il signifie équilibre de tous les sens et de toutes les facultés, rien de plus et rien de moins que ce qui est naturellement nécessaire sur le moment, dans un but précis, sans que cela laisse la plus faible trace dans le mental. Généralement, de nos jours, nous constatons que la modération n'est guère pratiquée dans la plupart des cas. La raison en est principalement que nous attachons une importance injustifiée à tout ce qui frappe notre regard et que nous le renforçons par la puissance de notre pensée en sorte que cela grandit sans mesure. Nous cultivons cette habitude et l'appliquons aux différentes choses avec une intensité variable. Le résultat ne peut en être que la perturbation et les conflits mentaux, et c'est la racine de toutes nos peines et nos souffrances. La réalisation n'est pas possible si la modération et l'équilibre ne sont pas rétablis. Cela correspond étroitement à la chose réelle elle-même qui existait au moment de la création, quand tout était dans un équilibre parfait. Puis, au cours du temps, la dégénérescence s'y est glissée. Nos sens et nos facultés ont perdu l'équilibre et la confusion s'installa partout. Ce qu'il nous faut faire désormais c'est contrôler nos sens et nos facultés afin de rétablir en eux la modération. Pour développer cette modération il nous faut aussi accorder une attention spéciale aux manifestations extérieures de la vie. Je veux dire : la gentillesse, la politesse du langage, la courtoisie, la sympathie et l'amour de tous les êtres, le respect des aînés, le pardon, etc. Ces habitudes peuvent beaucoup aider à notre formation. La modération est une des caractéristiques de la nature. Si nous acquérons une modération totale nous devenons en quelque sorte en accord avec la nature et c'est l'essence même de la spiritualité. Enfin le moyen le plus important, infaillible, d'arriver au but est la prière. Elle établit notre lien avec Dieu à qui nous nous abandonnons avec amour et dévotion. Au cours de la prière nous nous tenons devant lui comme un humble suppliant, lui présentant notre véritable état et nous abandonnant totalement à sa volonté. Voilà la véritable forme de la prière et en véritables dévots nous devons aussi nous sentir satisfaits de la volonté du Maître. C'est une folie de prier Dieu à des fins bassement terrestres sauf dans des cas vraiment exceptionnels quand la paix de notre mental est gravement perturbée par un besoin de première nécessité. Nous devrions toujours prier le Maître Suprême qui seul est omnipotent et omniscient, avec un mental totalement absorbé dans l'amour et la soumission envers lui, oubliant tout, nous-mêmes y compris. C'est la façon convenable de prier qui reste rarement sans résultat. J'ai traité ce sujet plus en détail dans mon livre Commentaires sur les dix maximes du Sahaj Marg. Pour finir, je peux aussi vous expliquer qu'il y a des formes de pratique diverses, pour parvenir au but. Elles peuvent vous conduire sur le chemin de la réalisation jusqu'à un certain point, mais jusqu'où ? Mon propos n'est pas d'en débattre ici. Je laisse cela à l'expérience et au jugement des lecteurs. Mais je vous garantis absolument que c'est le raja-yoga et lui seul qui peut vous conduire jusqu'à la destination ultime, jusqu'au plus haut point accessible à l'homme, là où vous êtes en parfaite harmonie avec la Nature, où vous apparaissez sous votre forme pure et absolue. Aucune autre forme de pratique ne peut conduire à de tels résultats. Ainsi donc il est nécessaire de recourir à cette science si vous voulez parvenir au sommet. L'aide ou le soutien d'un guide réellement compétent est, bien sûr, le facteur fondamental et cela constitue aussi de nos jours un sérieux problème, mais je vous assure qu'un chercheur sincère ne manquera jamais de le trouver.
Ayant choisi notre but et les moyens adéquats d'y parvenir, nous devons nous mettre en quête de la personne qualifiée pour nous servir de guide, celle qui pourra avec succès nous conduire tout au long du chemin vers la réalisation. Dans tous les domaines, même lorsqu'il s'agit de réalisations matérielles, nous avons besoin d'un guide compétent. Il se peut, bien sûr, qu'après avoir acquis quelques connaissances, nous puissions continuer par notre effort personnel, mais, même alors, il nous faut dépendre de l'expérience des enseignants du passé contenue dans leurs livres et leurs écrits. En spiritualité le cas est différent. Le besoin d'un guru ou d'un maître, devient de plus en plus grand à mesure que nous avançons et parvenons à des états plus élevés. Les livres ne nous sont d'aucune utilité en ce domaine. Ils peuvent nous aider à acquérir une connaissance superficielle qui nous rend capable de discourir de façon éloquente sur des sujets spirituels, ou de vaincre à coup d'arguments ; mais une approche pratique de la spiritualité au moyen de livres seulement est impossible. Les pratiques yogiques, lessadhanas (la pratique spirituelle) apprises dans les livres sont tout à fait trompeuses et même nuisibles à notre progrès spirituel. Ce n'est que l'aide et le soutien d'un guide compétent qui peuvent nous mener à destination. On dit de Moulana Rumi, un célèbre poète persan, et auteur de dix-huit livres sur la spiritualité, qu'il est allé voir un jour un grand saint, pour recevoir de lui un entraînement spirituel. Le saint lui demanda de jeter tous ses livres à l'eau, s'il voulait recevoir de lui un entraînement pratique. Comme cela signifiait pour lui la perte de toute une vie de travail, il refusa. Plusieurs fois, il retourna voir le saint et reçut la même réponse. Comme il sentait qu'il n'y avait pas pour lui d'autre alternative, à la fin, il se soumit à la condition, jeta tous ses écrits à l'eau et devint son disciple. La vraie réalisation ne vient qu'après un entraînement dans le domaine pratique et, pour cela, la connaissance ou érudition s'avère de peu d'utilité. L'aide d'un maître ou guru est donc fondamentale et indispensable à ceux qui s'engagent dans une recherche spirituelle. Il y a eu des cas, malgré tout, où des sages ont atteint la perfection uniquement par leur effort personnel, en s'abandonnant directement à Dieu mais de tels exemples sont rares. Il s'agit d'un chemin très difficile qui ne peut être suivi que par des personnes ayant un génie tout à fait hors du commun. Le guru est le lien qui relie l'homme à Dieu. C'est par son intermédiaire seulement que nous pouvons atteindre Dieu. Il est le seul pouvoir qui puisse nous extraire des complications du chemin. Pendant notre avance spirituelle, il nous faut traverser différents points, appelés chakras (ou de façon imagée lotus). Ce sont les centres où se concentre l'énergie du véritable Pouvoir de la force divine dont l'homme a hérité. Ils sont situés à différents endroits du corps humain. L'espace qui sépare deux points se présente comme un réseau de nombreuses fibres intriquées. Pour progresser, il nous faut traverser ces couches successives d'enchevêtrements. Il nous faut y séjourner un temps considérable pour en achever le bhoga . En fait bhoga ne signifie pas seulement subir l'effet de nos actes passés, mais signifie réellement suivre le processus qui consiste à dénouer tous les enchevêtrements du point auquel nous sommes déjà arrivés. La nécessité d'accomplir le bhoga nous fait parfois stationner pendant très longtemps dans les points et, dans la plupart des cas, il est presque impossible de s'en sortir par ses propres moyens. On peut y arriver au cours des étapes préliminaires, mais ultérieurement, cela devient tout à fait impossible. On a pu constater que la plupart des sages du passé qui ont essayé de le faire en n'utilisant que leurs propres moyens, ont passé toute leur vie à la toute première ou à la seconde étape, sans pouvoir les traverser. Le fait est que, dès que nous en sommes à une étape un peu avancée, il nous faut faire face à ce qu'on pourrait appeler : la nature glissante de l'endroit. Nous pouvons y avancer quelque temps, mais peu après nous re-glissons en arrière. Le même phénomène se reproduit indéfiniment, ce qui rend l'avance très difficile, quasi impossible. Dans ces conditions il n'y a que la forte poussée d'un maître compétent, qui puisse nous extraire du tourbillon. Si le maître ne manque ni de pouvoir ni de compétence, il hissera par sa seule force le disciple en dehors de l'enchevêtrement, et le placera au niveau supérieur suivant. Il est donc essentiel que le guide que nous choisissons soit de la plus grande envergure et qualifié pour le travail qui consiste à arracher les enchevêtrements en un clin d'œil, grâce au pouvoir extraordinaire dont il dispose. Ce ne peut être que quelqu'un qui a lui-même atteint la perfection : la complète négation de soi. Donc, nous devons établir un lien avec quelqu'un qui dispose de ce grand pouvoir par nos sentiments d'amour et d'attirance. Peu importe comment nous nous le représentons. Nous pouvons l'appeler notre ami, notre maître, notre serviteur ou ce qui nous convient, mais il reste notre guide ou guru ainsi qu'on le désigne communément. Malheureusement, aujourd'hui le choix d'un guide convenable est bien négligé, même si chaque Indien qui se préoccupe de religion croit qu'il lui incombe d'avoir un guru pour satisfaire son désir de spiritualité. Les gens choisissent en général, n'importe qui dans ce but, sans tenir compte de ses compétences et de sa valeur. Ils sont conduits à agir de la sorte par la persuasion ou par les miracles dont font étalage ces soi-disant gurus pour attirer les masses ignorantes. Les chasseurs de disciples ne manquent pas, ils sont plus nombreux que les feuilles d'un arbre, parce que, pour la plupart d'entre eux, l'office de guru est très lucratif ; il leur assure d'énormes revenus qu'ils ne pourraient gagner autrement. De plus, ils exigent le plus grand respect et le service personnel de leurs disciples. Les ignorants sont des proies toutes prêtes pour ces professionnels de la recherche du soi. Un miracle de rien du tout, ou l'étalage banal de quelque chose de plaisant et d'attractif, suffit à attirer des centaines de moutons stupides sous leur houlette. Il leur suffit de menacer, de maudire celui qui le contrarie pour en amener des milliers à leur abjecte soumission. Et ce n'est pas tout, pour s'assurer le monopole de leur profession, ils déclarent que nul n'a le droit d'être guru s'il n'appartient pas à la classe privilégiée, qu'il soit un sannyasin ou un chef de famille. Ils se proclament instructeurs mondiaux de la religion, par droit de naissance, sans égard à leur capacité ou valeur. Vous trouverez de nos jours une multitude de sannyasin s qui se posent en mahatmas, et se prétendent des jagat-gurus (instructeurs mondiaux). N'est-il pas dommage qu'il y ait de tels imposteurs professionnels qui sont la honte de la nation et de la religion, qui rôdent, escroquent et lèsent les gens ignorants, pour servir leurs propres intérêts dans une complète impunité ? Il est grand temps que ]es masses ouvrent les yeux et comprennent quel tort leur a été fait. Le règne du guru, en tant que monopole d'une classe privilégiée, n'est qu'une absurdité inventée par les gurus professionnels pour servir leurs intérêts personnels. La croyance populaire au principe selon lequel un disciple ne peut jamais briser son lien sacré avec son guru, quelles que soient les circonstances, est encore un stratagème astucieux imaginé par ces faux gurus pour rendre leur situation sûre et sans aléas et n'est qu'une supercherie. L'habitude d'initier un disciple, bien qu'elle soit basée sur un principe sérieux, a été l'objet de beaucoup d'abus chez la plupart des professionnels modernes qui ne comprennent pas sa véritable signification. Leur seule activité en tant que guru consiste à souffler quelques mots mystiques dans l'oreille du disciple au moment de son initiation, et à lui recommander de suivre un certain cérémonial en guise de culte. Leur devoir envers le disciple s'arrête là et ils n'ont plus rien à faire pour son amélioration si ce n'est de lui donner leur darshan chaque année et recevoir de lui leur rétribution annuelle. En réalité, un disciple ne devrait être initié en bonne et due forme, que lorsque la vraie foi existe en lui, et que l'amour divin s'impose dans son cœur. L'initiation signifie que le disciple a été relié au pouvoir suprême. En ce cas, la force spirituelle commence à s'écouler vers le disciple automatiquement, selon la capacité d'absorption qu'il développe en lui. Il dépend essentiellement du pouvoir et des capacités du maître, que soit établi un lien robuste, pour cela le maître doit être d'une grande envergure. Une fois ce lien robuste établi, il demeure, tant que le disciple n'est pas parvenu à la libération, ce qui, dans ce cas, ne constitue pas un objectif très lointain nécessitant de nombreuses vies. En fait, quand un disciple est initié dans le vrai sens du terme, comme nous l'avons expliqué ci-dessus, par un guru de grande envergure, la question de séparation entre le guru et le disciple ne peut jamais se poser. Mais pour les gurus professionnels, qui accomplissent des initiations simulées pour servir leurs intérêts, cela demeure une préoccupation constante, et donc, pour garder un disciple dans leurs serres de façon permanente, ils proclament comme un décret divin, que l'on encourt toutes les souffrances de l'enfer, si l'on caresse seulement la pensée de se séparer d'eux. La masse des ignorants prend cela pour parole d'évangile et tremble à la seule idée de faire quelque chose qui puisse déplaire à son guru ; donc ils essaient toujours de supporter toutes les atrocités avec une soumission passive Je suis sûr qu'on ne pourrait pas trouver la moindre allusion à cette règle dans nos écritures sacrées, c'est une pure invention de ces enseignants religieux. Je considère comme un droit de naissance pour tout homme de se séparer de son guru à n'importe quel moment, s'il découvre qu'il a fait un mauvais choix, qu'il s'est trompé sur la compétence de son guru ou sur sa valeur. Il est également libre de chercher un autre guru si à n'importe quelle étape, il découvre que son guru n'est pas capable de l'amener plus loin que ce qu'il a déjà obtenu. D'autre part, un guru consciencieux doit, de lui même, en fonction des circonstances, inviter son disciple à chercher quelqu'un d'autre de plus avancé et de mieux qualifié que lui, de sorte qu'en aucun cas les progrès du disciple n'aient à souffrir. C'est le devoir sacré d'un véritable guru altruiste. Si malgré tout, la permission de partir, demandée par le disciple lui était refusée par le guru, en raison de motifs égoïstes, le disciple a tout à fait le droit de le quitter sur-le-champ et de chercher quelqu'un d'autre. Aucune loi morale ou religieuse n'a jamais interdit cela. On considère que les gurus qui tirent leurs enseignements et leurs sermons de leur connaissance des écritures saintes sont un peu plus avancés dans la hiérarchie. Ils ont créé des ordres et des ashrams , où ils jouissent d'une situation royale parmi leurs disciples. Ils vont prêcher à de vastes auditoires leur disant ce qu'ils doivent faire et ne pas faire et leur expliquant les problèmes de maya, jiva et Brahma. Les gens s'agglutinent autour d'eux par milliers pour écouter leurs sermons, admirent leurs idées élevées, leur grande connaissance et les considèrent comme de grands mahatmas ou saints. On leur pose de nombreuses questions compliquées et quand ils sont capables d'extraire une réponse de leur stock de connaissance des écritures, leur réputation de mahatma est établie dans l'esprit de leurs auditeurs, qui sont enclins à les prendre pour guru, alors qu'ainsi ils n'ont fait que tester leur savoir et non leur réelle valeur. Il faut bien savoir que ce n'est ni l'étude ni la connaissance qui rend un homme parfait, mais c'est seulement la réalisation en son véritable sens, qui fait un vrai yogi ou un saint. Il est bien possible que l'homme qui vous a ainsi impressionné par son apparence, son savoir, son éloquence, soit du plus bas niveau en matière de réalisation pratique. La connaissance n'est donc pas un critère pour déceler un véritable mahatma ou yogi. De même, pour tester réellement un mahatma ou un guru, on ne prend pas comme critères ses miracles, ou ses manières extraordinaires, mais seulement ses réalisations pratiques sur le chemin de la réalisation. La conception populaire du mahatma comme un individu doté d'une grande personnalité ne me séduit pas. Je définirais un mahatma comme l'être le plus insignifiant, ou plutôt quelqu'un qui ne se préoccupe pas de son apparence, au-delà de tout sentiment de grandeur, orgueil ou égoïté, qui demeure de façon permanente dans un état de complète négation de soi. Il y a des gens qui prétendent que la connaissance est une étape préliminaire essentielle et indispensable à la réalisation. Je ne suis pas d'accord avec eux pour la raison que la connaissance n'est qu'une acquisition du cerveau alors que la réalisation est l'éveil de l'âme, et donc dépasse de beaucoup le domaine du cerveau. Dans les livres de science spirituelle, on parle beaucoup des états du mental aux diverses étapes spirituelles, et on se familiarise avec eux, mais en ce qui concerne leur connaissance pratique, on en est bien loin. On peut parler aux gens de ces états, avancer des arguments pour ou contre, et prouver la supériorité de nos connaissances, mais intérieurement, on en reste tout à fait ignorant. Nous allons à des conférences et écoutons des sermons sur la Bhagavad Gita ; nous récitons chaque jour régulièrement des passages de la Gita ; nous lisons des commentaires écrits sur elle par des hommes de grand savoir, mais quel effet pratique cela produit-il sur nous ? Y a-t-il quelqu'un parmi nous qui ait jamais été capable d'acquérir pratiquement l'une des conditions qui y sont décrites ? On peut pourtant répéter les mots “le monde est maya, l'Homme est Brahma” et ainsi de suite, mais intérieurement on reste tout à fait inconscient de ce que ces mots signifient. Personne n'a jamais été capable de parvenir à un des états de conscience dont nous parlons ici de la façon dont le fit Arjuna rien qu'en écoutant le Seigneur Krishna. La Gita telle que nous l'avons aujourd'hui, est en réalité un commentaire sur ce que le Seigneur Krishna a dit à Arjuna à la veille de la bataille de Mahabharata. Le Seigneur Krishna a en fait transmis dans le cœur d'Arjuna les états mêmes qu'il expliquait oralement, et le résultat fut qu'Arjuna a réellement ressenti l'état qui régnait partout tant à l'extérieur qu'à l'intérieur. Ainsi, chaque mot qu'il entendit, descendit directement dans son cœur et y produisit un effet durable. La raison pour laquelle les enseignants et prédicateurs actuels de la Gita ne parviennent pas à produire l'effet souhaité sur le mental de leurs auditeurs est qu'il leur manque le pouvoir de transmettre ces états. Les différents états du mental décrits dans la Gita sont réellement les différentes étapes qu'un homme traverse durant sa marche sur le chemin de la spiritualité. Ils se développent automatiquement de l'intérieur. Les moyens conventionnels adoptés pour parvenir à un état du mental particulier à un stade prématuré, augmentent la grossièreté interne au détriment des progrès. Un véritable guide n'est pas quelqu'un qui peut nous expliquer la justesse des dogmes religieux, ou bien nous dire de faire ceci et de ne pas faire cela. Nous en savons à peu près tous suffisamment là-dessus. Ce que nous attendons d'un guru, c'est une impulsion véritablement capable de réveiller notre âme et ensuite un soutien effectif sur le chemin de la réalisation. C'est un tel homme qu'il nous faut rechercher si nous voulons réussir. Donc il est évident que, pour juger de la compétence d'un homme en tant que guide spirituel, nous devons tenir compte non de son savoir ou de ses miracles, mais de ses réussites pratiques dans le domaine de la réalisation. Un homme qui est lui même libre, peut vous libérer de l'esclavage éternel. Si votre guru n'est pas libéré des liens des samskaras , demayaou d'ahankar , il ne peut vous libérer de ces liens. Supposons que vous soyez attachés à un poteau et votre guru à un autre, comment sera-t-il possible pour votre guru de vous libérer ? Seul un homme qui est lui-même libre peut vous libérer. Les gens se sont égarés dans la plupart des cas pour la bonne raison qu'ils se sont assujettis à des guides incompétents, dont la principale motivation est sans doute uniquement leur propre grandeur, ou bien quelque profit personnel. Avec un tel objectif à l'esprit, ils s'empressent en général de maintenir leur position et prestige par des exigences erronées. Reconnaître la supériorité de quelqu'un de plus avancé ou de mieux accompli causerait un très grand choc à leur fierté, qu'ils tirent de leur pouvoir et de leur position. Ce n'est qu'ahankar dans sa forme la plus grossière. Si vous vous assujettissez à un tel guru vous êtes sûrs d'hériter de ce même sentiment d'orgueil, qui est la pire sorte de grossièreté (grossness) et d'entraver votre avancement spirituel. La libération est impossible aussi longtemps que ce défaut existe. La Spiritualité est, en fait, un état du mental tellement subtil que toute autre chose semble plus lourde ou plus grossière en comparaison. L'impression délicate laissée sur les sens par le parfum subtil d'une rose est bien plus lourde. Je peux exprimer cela comme un état de tranquillité parfaite et de modération, en complète harmonie avec la Nature. Dans cet état du mental, tous les sens et les facultés sont, pour ainsi dire, assoupis. Leur travail devient automatique, ne produisant pas d'impression sur le mental. L'un de ces états élevés est une paix parfaite encore que la Chose Réelle réside encore plus loin, quand disparaît même la conscience de la paix. Car la conscience de la paix, elle-même pèse quelque peu sur le mental, même si cela est vraiment insignifiant. Quand nous sommes vraiment tout à fait inconscients de la présence même de la paix, nous sommes véritablement libérés de l'impression ou du poids de cette perception. La condition à ce niveau est particulière. Ce n'est vraiment ni la béatitude (anandam) ni autre chose. Les mots ne peuvent exprimer la vraie condition de ce niveau. Telle est la condition à laquelle nous devons finale ment parvenir et que seul, peut nous accorder un guru compétent, qui demeure constamment dans la condition décrite ci-dessus et qui a le pouvoir et la capacité de transmettre, par sa force de volonté, cet état spirituel dans le cœur de l' abhyasi et d'en enlever les enchevêtrements et les obstacles. Nul, s'il est en dessous de ce niveau n'est apte à faire suivre un entraînement spirituel à d'autres. Il est très triste et regrettable que ce très ancien procédé de transmission yogique, créé et largement pratiqué par nos anciens sages, soit maintenant complètement tombé dans l'oubli dans le pays même de son origine, où, de nos jours seul un tout petit nombre de personnes serait même prêt à y croire. Certains essaient de le ridiculiser en l'interprétant, à tort, comme du mesmérisme ou de l'hypnose. J'ai expliqué cela dans mon livre L'efficacité du raja-yoga à la lumière du Sahaj Marg . Ici je peux vous certifier que l'entraînement spirituel pour parvenir aux plus hauts niveaux, n'est possible que par le procédé de transmission yogique et par nul autre moyen. De fréquentes références à ce procédé, dans le milieu actuel des personnes instruites, ont conduit certains enseignants religieux d'aujourd'hui à excuser leur inefficacité, dans ce domaine, en expliquant aux gens que la transmission n'a rien de spécial. Il arrive, généralement, quand vous êtes en compagnie d'un mahatma ou d'un saint, que vous soyez, dans une certaine mesure, soulagé de vos pensées perturbatrices et que vous vous sentiez relativement calme pendant un moment. C'est cela qu'ils attribuent à l'effet de transmission du mahatma. Ceux qui donnent cette explication ne désirent que tromper le public et camoufler leur incapacité. Ce qu'ils appellent transmission est en fait, le rayonnement automatique des pieux paramanus (particules subtiles) provenant du mahatma. Cela affecte tous ceux qui sont assemblés là, si bien que le calme règne, dans une certaine mesure, aussi longtemps qu'ils sont là. Il s'agit simplement d'un processus naturel qui n'a rien à voir avec la transmission. Ces particules (paramanus) ne rayonnent pas que d'un mahatma ou d'un saint, mais de quiconque, qu'il soit pieux ou mauvais, saint ou démoniaque. Si vous vous trouvez pendant un certain temps avec une personne impie ou moralement dégradée, vous constatez que des paramanus tout aussi impies émanent de lui et vous affectent ; il en résulte que vous voyez vos pensées couler dans la même direction pendant un moment. L'effet d'un tel rayonnement ne persiste que pendant un certain temps et disparaît quand vous vous éloignez. C'est la raison pour laquelle on voit souvent des enseignants religieux se plaindre de l'indifférence des gens à mettre en pratique ce qu'ils prêchent. Ils disent que les gens quand ils s'en vont après avoir écouté leurs sermons, rejettent tout ce qu'ils ont entendu et n'en retiennent rien. Je pense que ce ne sont pas les gens mais le prédicateur à qui incombe la faute, car il n'a pas la capacité ou le pouvoir de transmettre ce qu'il a l'intention de prôner du haut de la chaire. Des opinions semblables sont exprimées en ce qui concerne les séances de sankirtan (1) [(1) N.D.T. : Chants religieux]. On dit que l'atmosphère paisible créée en de telles occasions est due à l'effet de la transmission. C'est en fait le résultat des vibrations produites par les sons du chant en chœur. Nous constatons la même chose à toutes les réunions de musique auxquelles nous assistons. Dans ces moments-là, notre mental est surtout focalisé sur une seule et même chose à laquelle nous sommes attentifs, si bien que nous sommes indifférents à toute autre chose. Dans sankirtan, comme nos pensées sont tournées vers UN idéal pieux, nous commençons automatiquement à ressentir la même chose dans notre cœur. Cela n'a rien à voir avec la transmission. Le pouvoir de transmission est une réalisation yogique de très haut niveau, grâce à laquelle un yogi peut, par la seule force de sa volonté, insuffler l'Energie yogique ou le rayonnement divin à l'intérieur de quelqu'un et supprimer ce qui est indésirable en lui ou nuisible à son progrès spirituel. Il peut exercer ce pouvoir non seulement sur les gens assemblés autour de lui mais, également, sur ceux qui sont éloignés. Ce pouvoir peut être utilisé de n'importe quelle manière, à n'importe quel moment. Celui qui a obtenu la maîtrise de ce pouvoir peut, en un clin d'œil, de façon temporaire ou permanente, créer chez l' abhyasi un état mental bien au-delà de celui qui était le sien, ce qui sans cela aurait nécessité le travail d'une vie. Ceci n'est pas une affirmation gratuite mais un fait réel qui peut à tout moment être vérifié de façon pratique, par quiconque le souhaite. Les sages ont souvent, par le pouvoir de transmission, changé entièrement la nature d'un homme en un clin d'œil. Le merveilleux exemple de grands sages comme mon Maître, le Samartha Guru Shri Ram Chandraji Maharaj de Fatehgarh, Swami Vivekananda et d'autres, le prouve amplement. Il n'est pas difficile de savoir quelle sorte d'homme il faut choisir comme guide ou guru. Si nos yeux sont fixés sur l'objectif final, nous ne pourrons jamais être satisfaits de quelqu'un qui se révèle être en dessous de ce niveau. Chaque saint ou yogi est parvenu à un niveau personnel de réalisation et de progrès. Si nous nous lions à l'un d'entre eux, avec foi et dévotion, et que nous parvenions à l'immersion avec sa plus haute condition, nous atteindrons nous-mêmes ce niveau d'élévation. Il est donc absolument nécessaire de choisir comme guru quelqu'un qui a réalisé les états les plus élevés. Si par malheur, d'une façon ou d'une autre, nous sommes conduits à choisir quelqu'un de niveau inférieur, notre avancement final restera lui aussi semblablement inférieur. D'ordinaire, un instructeur spirituel ne devrait jamais se considérer apte à entraîner les autres, s'il n'est fermement établi, au minimum, dans la sphère de brahmanda-mandal (virat-desh), où tout se manifeste sous une forme subtile avant de prendre vraiment place dans le monde matériel. Quand un instructeur s'est relié avec ce plan ou sphère, il est en contact continuel avec l'inépuisable réserve de pouvoir. Par contre si quelqu'un entreprend l'entraînement spirituel des autres, avant d'arriver à ce niveau, il commence non seulement à perdre son propre pouvoir, mais il est contaminé par les samskaras et la grossièreté de ceux qu'il entraîne ; il en résulte très vite qu'il se trouve lui-même souillé. Dans notre Mission l'autorisation d'entraîner les autres n'est, en général, pas accordée même à ce niveau. En réalité, un homme n'est apte à ce travail d'entraîneur que lorsqu'il ne nourrit plus, dans son cœur la moindre impression d'être un instructeur ou un guru. Je crois que si la pensée d'être un guru traverse son mental, ne serait-ce qu'une seule fois dans sa vie, il devient indigne d'être un guru pour toute sa vie. La seule présence de cette idée montre qu'il entretient dans son cœur le sentiment de sa propre importance ou de sa grandeur. La conscience d'être un maître, si elle est conservée, se développe bientôt en orgueil, la forme la plus grossière de l'ahankar avec les défauts qui en résultent et qui sont les pires causes de chute pour un guru. Il est donc essentiel, pour un homme, de se libérer de ces maux avant d'émerger comme guru dans le domaine spirituel. DIEU est le véritable guru ou Maître et nous n'obtenons la lumière que de lui ; mais comme il est extrêmement difficile pour un homme ordinaire de tirer son inspiration directement de Dieu, nous recherchons l'aide d'un autre de nos frères humains qui, lui, a établi son lien avec le Tout-Puissant. Il est donc tout à fait évident que, si un homme se fait passer pour un guru ou un maître, il a usurpé la place qui est réellement dévolue à Dieu et ce n'est donc que pur blasphème. Il doit donc se comporter comme le plus humble serviteur de Dieu, et servir l'humanité au nom du Grand Maître. Ainsi il n'y aura pas de place pour ahankar et ses conséquences néfastes qui sont malheureusement trop communes de nos jours. La Réalité est totalement absente quand ces maux existent. Un guru ou instructeur doit donc bannir de son cœur même le plus léger sentiment de grandeur ou de supériorité et se considérer lui-même comme l'associé le plus humble ou le serviteur de l'humanité. Mon Maître, dont la mémoire est vénérée en fut un exemple. Tout au long de sa vie il traita ses associés comme des frères. L'idée qu'ils étaient ses disciples ne le traversa jamais. Il était toujours prêt à rendre même des services personnels à ses disciples et il le fit bien souvent sans qu'ils puissent le savoir. Je pense et je ressens qu'il est essentiel pour un guru d'abandonner sa position de maître et de se considérer comme un serviteur ordinaire de l'humanité. L'exigence de service personnel de la part de ses disciples ne se justifie pas, sauf dans les cas de nécessité impérieuse, et cela seulement dans la mesure où il est prêt à rendre les mêmes services à ses disciples. De nos jours la plupart des soi-disant gurus encouragent cette pratique parce qu'elle leur offre un confort personnel et nourrit leur vanité. Ils disent qu'en touchant les pieds du guru, ou en massant ses membres, le courant magnétique passe du guru au disciple et que cela aide le disciple à former de pieux samskaras (impressions). Ainsi par cette pratique, le disciple absorbe beaucoup de la pureté et de piété de son maître. C'est peut être vrai, mais demandons leur donc un peu s'il n'en serait pas de même si le guru rendait le même service au disciple ? Je pense que personne n'oserait dire le contraire. Il est donc évident que le vrai motif n'est qu'aise et confort personnel. A mon humble avis, le procédé devrait être désormais inversé pour s'accorder avec l'époque actuelle et le guru devrait rendre lui-même ce genre de service à ses disciples. En réalité, la position de guru est très étrange, s'il sent qu'il est un maître, et donc plus élevé que ses associés, il y aura un ahankar de la pire catégorie dans ce guru. Il incombe réellement au disciple de se consacrer au service de son guru, avec amour et dévotion, mais ce n'est pas le droit ou le privilège du guru de l'exiger. Je me rappelle une histoire à ce propos. Un niais se présenta un jour à un guru de ce type très courant et offrit de devenir son disciple. Le guru, ravi à la perspective d'avoir un élément de plus parmi ses fidèles commença à lui enseigner les devoirs d'un disciple. « Vous devez, dit-il, être totalement soumis à votre guru veillant constamment à servir ses besoins personnels. Vous devez vous prosterner devant lui matin et soir, vous coucher après que le guru se soit endormi et vous lever avant qu'il ne s'éveille. » Le pauvre garçon, se trouvant incapable de faire tout cela, demanda innocemment : « Qu'arrivera-t-il si je n'arrive pas à agir de façon parfaite ? » – « Vous serez expulsé et maudit. » fut la réponse implacable. « Alors, Monsieur, ajouta-t-il poliment, je vous serais très reconnaissant de m'accepter comme guru. » Nous rencontrons souvent des exemples de jalousies et de frictions entre guru et disciple. D'où cela vient-il ? C'est seulement à cause d'intérêt égoïste ou de gain personnel. Un guru doit donc nécessairement être tout à fait dépourvu de motivation égoïste ou d'intérêt personnel ou de grandeur. Il doit être un homme altruiste et un vrai serviteur de l'humanité toute entière, instruisant les gens par pur amour, sans aucune motivation ultérieure égoïste de célébrité, renommée ou argent. Il doit pouvoir accéder lui-même à la plus lointaine limite possible et doit disposer du pouvoir de transmission yogique. C'est un tel homme qu'il nous faut rechercher pour être notre guide si nous voulons réussir tout à fait. Il vaut mieux rester sans guru toute sa vie, que de se laisser guider par un guru indigne.
Notre actuelle dégradation morale et religieuse est principalement due à notre environnement et à notre entraînement défectueux. Le modelage convenable du mental est entièrement négligé dans toutes les phases de l'instruction et de la formation. Le maximum d'effort est fait pour pourvoir à un entraînement profane de bonne qualité, afin de rendre l'homme capable de s'assurer une façon de vivre décente et confortable, mais l'entraînement nécessaire pour mener à la réalisation de soi est totalement négligé. On n'accorde à ce problème extrêmement vital qu'un intérêt minime si tant est qu'on s'en préoccupe. La récitation journalière de quelques versets de prière à un dieu ou une déesse, ou bien l'observance de certains rites mécaniques en manière de culte, voilà tout ce qui est prescrit à la masse des gens. Ils le font pendant toute leur vie sans, probablement, en retirer le moindre profit. Le calme intérieur est toujours absent en eux. Les activités du mental telles que désirs, tentations et explosions émotionnelles demeurent inchangées. Le principal objectif de l'entraînement est qu'un homme devrait commencer à se pénétrer d'autant d'attributs divins que possible. Si cela n'est pas mené à bien, la méthode d'entraînement est défectueuse et, par conséquent, inutile. L'édification convenable d'un homme doit résulter naturellement de la nature correcte de l'entraînement. L'édification convenable comporte un bon modelage du mental, entraînant la modération nécessaire dans l'exercice de tous nos sens et facultés. Ainsi la bonne méthode d'entraînement, sous la conduite d'un maître compétent est, de loin, le facteur le plus important de la bonne formation sans laquelle il ne nous sera jamais possible d'atteindre les plus hauts niveaux de spiritualité. La plupart des gens ont, d'une manière ou d'une autre, une attirance naturelle vers Dieu ; pourtant ceux qui réussissent à réaliser Dieu sont très rares. Cela est dû à une direction défectueuse et à un mauvais entraînement qui détourne un homme du vrai chemin, si bien qu'il est perdu à jamais. Bien sûr, pour un homme ordinaire, c'est une tâche bien ardue que d'apprécier si son entraînement est bien ou mal dirigé. Les gens suivent facilement et sans se poser de questions, les directives de celui qu'ils ont accepté comme guru et pratiquent de la manière qu'il leur indique. Il est très difficile pour eux d'avoir la certitude qu'ils sont conduits sur le bon chemin ou non. Cela pose un grand problème aux gens qui sont eux-mêmes tout à fait ignorants en matière de réalisation. On trouvera de nombreux instructeurs religieux préconisant de ne pas manger d'ail, d'oignons ou de carottes et insistant pour faire adopter dessadhanas et des pratiques sans véritable signification, ainsi qu'une centaine d'autres vétilles de ce genre qui ne peuvent pas vous faire avancer d'un pas vers la Réalité. Cela n'est pas un entraînement spirituel. Ces instructeurs-là ne font que s'abuser eux-mêmes ainsi que ceux qu'ils enseignent. Vous pouvez être sûr que si la paix intérieure, le calme du mental, la simplicité et la légèreté ne sont pas le résultat naturel de vos pratiques, vous suivez un mauvais chemin et votre entraînement est défectueux. Les méthodes d'entraînement spirituel adoptées couramment aujourd'hui par la plupart des instructeurs, sont basées sur des règles pénibles et rigides qui, souvent, ne s'adaptent pas à la vie profane, si bien que, dans la plupart des cas, elles se révèlent impraticables pour ceux qui vivent ainsi dans le monde. En général les instructeurs incitent les gens à pratiquer la maîtrise de soi en adoptant une forme de vie particulière, détachée des affaires du monde et à pratiquer la dévotion des heures durant. De toute évidence, ce genre d'entraînement n'est pas conçu pour la majorité des gens, qui ne peuvent se couper du monde ni consacrer autant de temps à leurs dévotions. C'est pour cela que leurs sermons ne produisent pas l'effet souhaité et que, en dépit de tous leurs efforts, ils ne parviennent pas à réformer les gens selon leurs visées. Le fait est qu'ils sont plus théoriques que pratiques. Est-il jamais possible aux gens de renoncer au monde pour la libération ? Sûrement pas. Alors quel bienfait les gens ordinaires retirent-ils de leurs enseignements ? Certains d'entre-eux osent même proclamer leur conviction erronée, selon laquelle les niveaux spirituels les plus élevés, ne sont pas accessibles aux personnes qui vivent une vie de famille. Cela prouve en réalité qu'ils n'ont rien à apporter aux gens ordinaires, si ce n'est leur prescrire des pratiques superficielles comme de se baigner fréquemment dans le Gange, de nourrir les poissons avec des boulettes de farine, ou de lire les écritures maintes et maintes fois. Le vrai problème auquel nous sommes confrontés n'est pas de fournir des méthodes d'entraînement spirituel à quelques personnes choisies qui ont renoncé au monde, mais de fournir des méthodes aux gens en général qui, outre leurs devoirs de dévotion ont, vis-à-vis du monde, des devoirs multiples qui ne peuvent être ignorés sans danger. Pour eux, il est essentiel que leur vie spirituelle et leur vie profane se poursuivent parallèlement, brillant du même éclat et, pour cela, il nous faut trouver les moyens adéquats. Un entraînement spirituel correct, s'adaptant de très près aux conditions actuelles de la vie profane, est donc la seule chose nécessaire à l'évolution spirituelle des gens ordinaires qui a, malheureusement, été si négligée jusqu'à maintenant. Pour ce genre d'entraînement, une aide extérieure demeure nécessaire dans la plupart des cas. Cette aide vient du guru ou maître qui est la seule personne capable de modeler notre destin. Quand cette aide arrive, la vie spirituelle est éveillée et les plus hauts pouvoirs de l'âme sont activés pour aider à la croissance. Ce n'est qu'auprès de l'un de nos semblables du plus haut niveau que nous devons rechercher cette impulsion, quelqu'un qui soit à notre portée, prêt à résoudre nos difficultés à tout moment. La pratique qui consiste à rechercher l'inspiration ou les directives de dieux, de demi-dieux ou d'âmes de défunts, en les traitant comme gurus ou maîtres, est le plus souvent très dangereuse. Il en va de même pour ceux qui recherchent les directives de leur voix intérieure, ainsi qu'ils l'appellent. J'ai rencontré des gens qui faisaient grand cas de leur voix intérieure qu'ils considéraient comme le vrai guide pour résoudre toutes les controverses qui leur venaient à l'esprit. Nous avons des exemples concrets de gens qui, s'étant fiés à leur prétendue voix intérieure, se sont égarés dans le domaine spirituel. En réalité, ce qu'ils prennent pour leur voix intérieure ou l'instigation d'une âme de défunt, n'est que le jeu de leur mental indiscipliné. Si cette pratique indésirable est poursuivie pendant quelque temps, elle donne au mental un tel excès de force et de suractivité, qu'il commence à faire lui-même les questions et les réponses. Les gens prennent souvent cela pour un niveau de réalisation du Yoga, celui où l'on acquiert le pouvoir de communiquer avec les âmes des défunts. Ils en sont bien loin en réalité. La voix intérieure ou la voix du véritable Soi bien entendu ne trompe jamais, mais combien y a-t-il de personnes qui sont assez avancées pour l'entendre ? Chez la plupart de ceux qui déclarent suivre leur voix intérieure, elle est tout à fait inaudible. Ils sont tout simplement dupés par les tendances au merveilleux du mental, et sa capacité de créer tout et n'importe quoi. Il peut même leur faire voir de terribles fantômes et entendre des voix étranges venant des arbres et des pierres. Tout cela résulte des activités d'un mental dans son état indiscipliné et pollué A moins que les enveloppes de mal, vikshepa et avarana ne soient enlevées et le mental amené à un parfait état d'équilibre et de modération, l'inspiration et les directives provenant de la voix intérieure sont dépourvues de sens. La majorité de ceux qui prétendent suivre leur voix intérieure, ou rechercher les directives de l'âme d'un défunt, ne font réellement que suivre les directives de leur propre mental non-réglé et indiscipliné ; ce ne sont que pures hallucinations. Si nous développons cette habitude perverse, nous sommes perdus à jamais. Elle nous conduit à un état mental constamment soucieux et tourmenté. Je connais un monsieur éminent parmi les soi-disant bhaktas qui prétendait s'être assuré une liaison directe avec l'âme de Tulsi Das, l'auteur ???du Ramayana, qu'il avait prise comme son guru. Il a continué pendant quelque temps à se réjouir de sa prétendue réalisation. Plus tard un désaccord a surgi entre lui et son guru céleste et cela a dégénéré en une amère querelle, qui avait pour effet, selon lui, de l'épuiser et de le tourmenter mentalement, au point que son équilibre mental en fut presque détruit et qu'il se sentait extrêmement malheureux. Il fallut deux années de dur travail pour le guérir. Alors, il fut capable de comprendre que tout cela était illusion, qu'il s'était berné lui-même et que ce qu'il avait pris pour une inspiration venant de l'âme de Tulsidas ??? n'était, en vérité, que le jeu magique de son propre mental indiscipliné. Depuis, il a été soulagé de cet état déplorable et il jouit maintenant de la paix et de la quiétude rétablies en lui. En fait, la voix intérieure est la voix du mental dans son état de pureté parfaite. Tant que le mental n'est pas débarrassé de toutes ses pollutions et souillures et amené à un état parfait de Paix et de modération, il ne peut jamais refléter la voix intérieure. En fait, chez celui dont le mental est parfaitement pur, il n'y a que la voix intérieure qui parle continuellement et les impulsions des âmes libérées et hautement développées coulent sans cesse en lui. La pratique de cette technique est donc de toute évidence très dangereuse et, dans la plupart des cas, elle conduit à des résultats désastreux. La réalisation de Dieu a, jusqu'à ce jour, été considérée comme extrêmement difficile, demandant un dur travail et des efforts persistants pendant de nombreuses vies, mais il n'en est pas ainsi. En réalité, Dieu est simple et peut être atteint par des moyens également simples. Les règles de vie rigides et les pratiques fatigantes prescrites par les instructeurs pour atteindre la réalisation ont tellement compliqué les choses, que les gens sont portés à croire qu'elle est hors de leur portée et de leur capacité. Je peux vous assurer très sincèrement que la réalisation n'est pas quelque chose de difficile du tout pourvu que vous dirigiez avec sérieux votre attention vers elle. Une volonté de fer d'arriver au but, ainsi qu'une méthode et un guide convenables sont les seules choses requises pour réussir totalement. L'entraînement spirituel débute par le nettoyage intérieur ou la purification des chakras , ce qui constitue le facteur le plus important pour l'avancement spirituel. Ainsi, la méthode d'entraînement correcte en spiritualité commence avec le nettoyage intérieur qui, s'il est négligé, conduira à abuser des pouvoirs acquis par les techniques du Yoga. Le hatha-yoga impose principalement pour effectuer ce nettoyage, des pratiques physiques dont certaines sont trop difficiles et fastidieuses pour tout un chacun, tandis que dans la méthode du Sahaj Marg il est accompli par des techniques mentales faciles, avec l'aide de l'énergie transmise par l'instructeur. Certains des instructeurs religieux insistent souvent auprès des gens pour qu'ils consacrent jusqu'à huit heures par jour à pratiquer certains exercices mécaniques, dans le but de maintenir leur mental occupé avec des pensées divines. Je condamne fermement ce genre d'entraînement qui impose des pratiques éprouvantes pour le cerveau et harassantes pour le mental. Le résultat naturel de ces entraînements est que le mental ne trouve pas de champ pour se développer et, par suite, le pouvoir de réalisation cesse de croître. C'est comme si on frappait un enfant pour l'inciter à se concentrer. Le travail exténuant, comportant des exercices physiques longs et fastidieux, communément recommandés par des instructeurs, en vue d'effectuer le remodelage du mental et le nettoyage des chakras , n'est donc guère profitable. Dans ce but, nous utilisons le pouvoir de notre pensée, d'une manière correcte, sous la conduite d'un maître efficace qui est capable d'enlever les complexités et les enchevêtrements entravant notre progression, et qui transmet en nous la force nécessaire à l'entretien de notre vie spirituelle. La méthode simplifiée d'entraînement spirituel a rendu possible pour tout un chacun, homme ou femme, jeune ou vieux, grihastha (chef de famille) ou virakta (reclus) l'élévation au plus haut niveau spirituel. L'étape préliminaire dans l'entraînement correct consiste à diriger les tendances mentales de l'aspirant vers Dieu. Dans ce but les professeurs instruits en religion prescrivent le plus souvent, des exercices physiques du corps et du mental qu'ils ont tirés de livres religieux. Les gens trouvent souvent cette tâche bien dure à accomplir si bien qu'ils s'attardent indéfiniment au tout début sans aller plus loin. Un instructeur compétent devrait faire cela lui-même, en se servant du pouvoir de la transmission, afin de créer un effet permanent et profondément enraciné. Quand notre mental est dirigé vers Dieu nous commençons, naturellement, à nous sentir en contact avec la Force-Suprême dans tous nos travaux et toutes nos activités. Quand cet état du mental sera installé en nous de façon permanente, tout ce que nous ferons nous semblera participer de la dévotion ou de l'offrande au Divin et, de cette façon, nous serons tout le temps en état de souvenir constant de Dieu. Des vibrations intérieures commencent bientôt à se faire sentir dans le cœur de l'aspirant. C'est le début de l'état spirituel connu sous le nom de shabda ou ajapa . Cela se développe automatiquement tandis que nous avançons sur le bon chemin avec un guide compétent. Certaines personnes qui pratiquent japa de manière extérieure, pendant longtemps, constatent quelquefois que, même durant leur sommeil elles continuent leur japa comme de coutume. Elles confondent cela avec ajapa ou shabda. Ce n'est pas cela. A la suite d'une pratique continuelle, leur cœur et leur langue sont devenus habitués à cela, et l'action se poursuit même s'ils sont endormis ou inconscients d'une façon ou d'une autre. Pourtant cela s'arrête s'ils cessent de pratiquer durant quelque temps. Ceci n'est dû qu'à la force de l'habitude, ce n'est pas le véritable état d'ajapa . La condition d'ajapa , à bon droit considérée comme une haute réalisation spirituelle, fruit d'années de dur travail, n'est plus qu'une question de semaines ou plutôt de jours, dans le cadre d'un bon entraînement par le processus de la transmission. Les vibrations créées ainsi demeurent pendant un moment localisées dans le cœur, après quoi elles se développent jusqu'aux autres chakras et finalement à toutes les particules du corps. On l'appelle alors anhad. La méthode à suivre, ainsi que nous le recommandons dans notre Mission, est la méditation convenablement guidée qui est de loin le moyen le plus efficace et probablement le seul de s'assurer le succès complet. En général, les gens se plaignent des nombreuses idées qui se glissent dans leur mental au moment de la méditation. Ils pensent avoir échoué dans leur pratique s'ils n'amènent pas leur mental à un état d'arrêt complet. Or, il n'en est pas ainsi. Nous ne pratiquons pas la concentration, mais seulement la méditation. Nous devons continuer notre méditation sans nous soucier des idées étrangères, qui peuvent survenir dans notre mental pendant ce temps. Le flot des idées provient des activités de notre mental conscient qui ne se repose jamais. Notre subconscient demeure occupé à la méditation, tandis que notre conscient vagabonde et forme de nombreuses pensées. De cette façon nous ne perdons rien, d'aucune façon. Le moment venu, après une pratique suffisante, le mental conscient est lui aussi remodelé et il commence à fonctionner en harmonie avec le mental subconscient. Le résultat ainsi obtenu est profondément enraciné et durable et finalement le calme, état caractéristique de l'âme, devient prédominant. En certains cas, j'ai observé que certains instructeurs utilisent le pouvoir de leur volonté pour arrêter le fonctionnement normal du mental pendant les sittings créant un état temporaire d'absence ou de suspension des activités du cerveau. Cette condition, bien sûr, est très attirante pour un débutant, ignorant de la réalité, et il se sent très impressionné par cette extraordinaire démonstration de pouvoir. A mon avis c'est seulement un tour de passe-passe, accompli par ceux qui veulent attirer beaucoup de disciples, pour faire reconnaître leur grandeur en tant que guru. J'appellerais cela le plus grand abus de pouvoir de la part d'un instructeur en spiritualité, qui n'a peut-être d'autre arrière-pensée que celle d'établir son autorité. C'est une mauvaise pratique grandement nuisible à l'avancement spirituel de l'aspirant. Les pensées ainsi suspendues ou supprimées commencent bientôt à réagir avec une force plus grande, portant atteinte à tout l'organisme. De plus, cette pratique provoque une lourdeur intérieure et un abêtissement du mental. Celui qui est soumis à une telle pratique pendant longtemps, perd sa faculté de discrimination et son pouvoir de réalisation s'émousse. Peu à peu, il se détériore et devient tout à fait inapte à un véritable entraînement spirituel. Si un homme ne se sent pas devenir plus léger de jour en jour il lui faut conclure qu'il reçoit une forme d'entraînement spirituel erronée. La croissance continuelle de la légèreté du mental et de l'esprit est le garant le plus sûr du progrès spirituel. Ainsi, le véritable entraînement spirituel est celui qui rend notre mental discipliné et équilibré, rétablit la modération des sens et des facultés, et crée la légèreté d'esprit. Alors seulement la paix intérieure et le calme sont assurés et il devient possible de s'élever davantage. Pour cela, l'intervention d'un maître de haut niveau ayant le pouvoir de transmission à sa disposition, est absolument primordial et l'aspirant doit s'abandonner à lui avec foi et confiance. Certains pensent que l'initiation suffit à elle seule à résoudre le problème de leur vie. Si d'une façon ou d'une autre, ils sont capables d'obtenir l'initiation d'un guru, ils ne ressentent le besoin d'aucun effort ni d'aucune pratique ultérieures. Ils pensent qu'une impulsion du guru les extirpera des enchevêtrements des samskaras et demayaet les conduira à la libération. Bien que cette notion soit exacte en théorie, elle n'est guère encourageante, sauf si on s'abandonne complètement à un maître qui soit d'un niveau particulièrement élevé. La pensée d'amélioration et de progrès du disciple est, sans conteste, prédominante dans le cœur du maître et, pour cela, il fait autant d'efforts que possible, mais cela ne signifie pas que nous pouvons rester oisifs, à ne rien faire nous-mêmes, en lui laissant faire aussi notre part du travail. Nous devons, c'est notre devoir, faire de notre mieux pour lui épargner des efforts inutiles, dans toute la mesure de ce que nous pouvons faire nous-mêmes pour notre progrès, et nous ne devons en aucun cas négliger notre part du devoir. La plupart des enseignants de la religion ont adopté des méthodes artificielles pour développer certains états spirituels chez l'aspirant, mais c'est un très mauvais procédé. Par exemple, dans le but de pratiquer gyan (la gnose) et de créer chez l'aspirant l'état de “aham Brahmasmi” (“je suis Brahman”) ils conseillent une méditation extérieure, qui consiste à penser constamment à la même chose et à répéter à chaque instant les mêmes mots. C'est un procédé mécanique qui conduit à une grossièreté intérieure. Le véritable état de “aham Brahmasmi” ne résulte jamais de telles méthodes artificielles. La répétition continuelle de ces mots, encore et encore, devient une habitude de la langue et ces mêmes mots s'écoulent de la bouche à tout moment. Il est absurde d'en conclure qu'une personne est devenue un gyani (gnostique) au vrai sens du terme. On peut répéter ces mots cent fois et obliger ses pensées à chaque instant à considérer toute chose comme Brahma et pourtant être plus que jamais éloigné de Brahma. Cette pratique crée une atmosphère artificielle autour de soi, qui aide à imaginer la même chose à l'extérieur. Cette condition disparaît si l'on cesse de répéter les mots continuellement. Il est donc tout à fait évident que l'état de “aham Brahmasmi”, que l'on doit créer ainsi, n'est pas véritablement authentique mais n'est qu'artificiel et imaginaire. Par ailleurs, même le véritable état de “aham Brahmasmi”, que l'on considère couramment comme une très haute réalisation, n'en est pas réellement une. A ce stade, un homme, même s'il est dans une certaine mesure dégagé des enchevêtrements de maya, n'est pas véritablement en dehors de la limite ultime de maya. La conscience de soi existe encore à ce stade et n'est pas autre chose que la grossièreté (grossness), même si c'est sous une forme très subtile. Ceux qui prêchent du haut de leurs estrades que cela est la plus haute forme de gyan, après laquelle il ne reste plus rien à accomplir, se trompent grossièrement. Ce n'est pas notre but, nous ne faisons que la traverser pour aborder l'étape suivante. Ceux qui s'y attachent en pensant qu'il s'agit de la Réalité, ou du but final, commettent une sérieuse bévue. Il nous faut finalement parvenir au point où toute chose finit, y compris l'idée de “aham” ou “je”. Tel est l'état de totale négation, qu'il nous faut finalement atteindre, là ou le cri de “aham” ou de “je” est tout à fait hors de question. de “aham Brahmasmi” est provoqué originellement par l'état de conscience (chaitanyata) qui se développe automatiquement à l'intérieur de nous au cours de notre marche sur le chemin sous la conduite d'un guide compétent. Cela provoque des vibrations à l'intérieur, de telle façon que le mental se met à renvoyer les mêmes vibrations en écho. Cet état du mental apparaît à chaque étape du progrès spirituel sous trois formes : “je suis Brahma”, “tout est Brahma” et “tout vient de Brahma”. La totalité de cet état, sous ses trois aspects, est en fait l'Unité sous la diversité des différentes formes. Il apparaît sous sa forme grossière dans la région du pind-desh ; dans le brahmanda-mandal il devient plus fin et plus subtil et dans para-brahmanda-mandal il devient extrêmement subtil. Toutes ces conditions finissent dans le premier des seize cercles, selon le schéma du chapitre II ???. Le déroulement correct de l'entraînement, pour un aspirant à la spiritualité, est donc d'avancer sur le chemin de la réalisation sous la conduite d'un maître véritable et compétent, de la façon la plus naturelle, en apportant le soin nécessaire au nettoyage intérieur, ou purification des chakras et une complète modération dans l'exercice des sens et des autres facultés.
Volonté, foi et confiance sont les facteurs élémentaires qui contribuent à un succès facile sur le chemin de la réalisation. Une volonté forte d'atteindre la Réalité indique que nous sommes intérieurement éveillés à la pensée de reconnaître le “Soi”. Nous avançons avec cette idée et choisissons un chemin. La première chose à laquelle il faut veiller sérieusement est de choisir le bon chemin, celui qui conduit directement au but. Il est donc tout à fait essentiel d'avoir présente à l'esprit une conception claire et précise de ce but final. Pourtant, le but final de personnes différentes peut différer sous bien des aspects et, par conséquent, les moyens de le réaliser peuvent aussi différer. Nous devons donc choisir le bon chemin, celui qui conduit directement au but final auquel nous aspirons. Une conclusion hâtive en la matière conduit souvent à des résultats décevants, car il peut se faire que le chemin qu'on vous a persuadé d'adopter ne soit pas celui qui conduit à votre destination. Souvent, en suivant une mauvaise trajectoire, on perd de vue la chose réelle et on est conduit à des idées fausses et des illusions. Si on persiste dans la même voie, l'approche finale de la Réalité devient impossible. Cela arrive souvent quand, par malheur, on est mal guidé par un entraînement incorrect. Il est donc absolument nécessaire, dès le tout début, d'essayer par tous les moyens possibles de savoir si le chemin choisi pour la réalisation est véritablement bon. Ne suivez pas un chemin parce qu'il est le plus ancien, car le plus ancien peut être le plus mal adapté aux conditions de ce monde et de cette société qui ont changé. Ne suivez pas un chemin parce qu'il a été suivi par la majorité des hommes, car la majorité peut ne pas avoir toujours raison et elle est le plus souvent dirigée par quelques élus qui, dans tous les cas, pourraient avoir été mal guidés. Nous devons être tout à fait attentifs en évaluant la valeur d'une chose et utiliser tous les moyens dont nous pouvons disposer. Nous ne devrions jamais conclure hâtivement, sans mûre réflexion et sans avoir appliqué la raison et l'expérience à faire les essais nécessaires. Quand, finalement, nous sommes convaincus des mérites de cette chose, nous pouvons nous y attacher avec foi et constance. La foi, sur ces bases, sera authentique et durable, alors que la foi résultant d'aspects extérieurs attractifs et d'un étalage de jolis résultats matériels n'a rien à voir avec la foi mais peut, plus justement être appelée persuasion. Elle ne repose pas sur des fondements stables et disparaît quand les circonstances deviennent contraires. Des cultes de type grossier (gross) rendus à des idoles de forme matérielle et une adhésion rigide à des symboles et des rituels n'éveillent pas la foi réelle. C'est du matérialisme pur et simple, qui n'amène pas la foi véritable mais provoque des dommages dans le cœur de ceux qui les accomplissent. Ils croient aveuglément en ce dont on les persuade, sans faire usage de leur raison ou de leur bon sens, et ne sont pas le moins du monde enclins à prendre en considération une autre possibilité. Je rencontre des gens qui reconnaissent l'efficacité de certaines autres méthodes d'approche directe de la Réalité, mais pourtant ne sont pas prêts à les adopter car, disent-ils, ils ne peuvent pas sortir du chemin qu'ils ont déjà adopté. En fait, ils n'ont aucune foi dans la Réalité mais seulement foi dans les formes et symboles, ce qui peut à juste titre être qualifié de préjugé. Cela signifie que leur vision est devenue limitée et ils ne désirent pas s'élever pour chercher la Réalité. Leur destin est scellé et ils restent confinés pour toujours dans la même sphère. En fait, ce qui nous maintient au niveau inférieur, nous empêchant de nous élever, ne peut pas être appelé foi. Il est donc tout à fait essentiel pour chacun d'attacher son regard à la Réalité Absolue, avec foi et confiance, et d'adopter des moyens efficaces qui conduisent à la réalisation du Soi. Alors, nous avancerons jusqu'au point final où nous revêtirons la même forme pure qui fut la nôtre au moment de la création. Pour cela, il nous faut nécessairement renoncer à toutes nos possessions de samskaras ,mayaet égoïté et devenir de plus en plus légers à chaque pas. La lourdeur du mental, ou la densité intérieure provoquée par des formes de culte grossières, est donc un grand obstacle à notre avancement spirituel et devrait être évitée. Si cela est entretenu avec une intensité toujours croissante, on demeure empêtré dans les buissons épineux de la grossièreté et du leurre, bien loin de la félicité éternelle. L'autre facteur important de la vie spirituelle est la foi dans le maître car, comme je l'ai déjà dit auparavant, l'aide d'un maître compétent est indispensable à l'obtention de niveaux spirituels plus élevés. C'est le seul intermédiaire à travers lequel l'impulsion divine vient à un aspirant. Il est donc tout à fait essentiel que le guide que l'on choisit soit d'une capacité et d'un niveau de réalisation des plus élevés. Pour apprécier la valeur réelle de ce guide, il faut nous associer à lui pendant quelque temps, en le mettant à l'épreuve et le testant par tous les moyens en notre possession. Quand nous sommes ainsi convaincus de sa compétence, par la raison et par l'expérience, nous pouvons l'accepter comme notre maître et nous soumettre à sa guidance. Si nous ne tenons pas compte de ce principe nous courons le risque de nous tromper dans notre choix. Nous ne devons jamais suivre quelqu'un aveuglément, parce que nous avons été attirés vers lui par son extérieur imposant ou son étalage de connaissance Pour apprécier convenablement les mérites véritables de quelqu'un, il nous faut prendre en compte ses réalisations pratiques dans le domaine spirituel. Nous devons rechercher en lui la chose réelle à laquelle nous aspirons. Quand nous sommes ainsi convaincus, nous commençons naturellement à nous sentir intérieurement attirés par lui et nous le considérons comme étant la véritable personne qui peut donner forme à notre destin. Ce sentiment se développe progressivement en foi et nous commençons à l'aimer. Nous nous soumettons à ses opinions en respectant sa personnalité, et avançons le long du sentier sous sa conduite. L'expérience des réalisations acquises au fur et à mesure nous convainc de plus en plus des capacités extraordinaires du maître et nous commençons à le considérer comme un être supra humain. Notre foi est maintenant d'une grande aide pour notre progrès spirituel. Elle dissipe les nuages du doute et de l'incertitude et chasse les difficultés et les obstacles de notre chemin. La foi est réellement le fondement de tout l'édifice de la spiritualité. La foi en la réalité, la foi dans le bon chemin que vous avez adopté pour la réalisation, la foi dans le maître compétent auquel vous vous êtes soumis, voilà le roc sur lequel vous devez bâtir l'édifice de votre spiritualité si vous aspirez vraiment au succès. Vous serez alors possédés d'une force intérieure assez forte pour réduire en pièces toutes les forces du mal qui pourraient vous cerner. Cela vous aidera à drainer une force divine toute neuve à chaque fois que vous en aurez besoin. Certains ont une idée très fausse de la foi. Ils croient qu'à elle seule la foi suffit à résoudre le problème de leur vie, quel que soit le chemin qu'ils ont adopté ou le guide auquel ils ont fait confiance. Rien ne peut probablement induire autant en erreur que cette croyance absurde. Un homme peut-il jamais arriver à Calcutta en prenant la direction tout à fait opposée ? Un homme peut-il jamais devenir un saint altruiste en se soumettant à la conduite d'un imposteur intéressé ? Un homme peut-il jamais se libérer des liens de l'attachement, des préjugés et de l'orgueil, en suivant un vaniteux hypocrite, inspiré par des sentiments d'attachement, aux biens de ce monde et à sa propre importance ? Nous ne devons jamais être égarés par l'éclat permanent d'une chose, mais nous devons plonger profondément en elle pour découvrir la réalité tout au fond. Une conclusion basée sur une démonstration extérieure de connaissance, d'éloquence ou de pouvoir, provoque une foi aveugle qui, dans la plupart des cas, conduit à des résultats désastreux. Un homme consciencieux ne se laissera jamais entraîner aveuglément dans l'erreur par de telles impostures qui n'ont aucune signification réelle dans le domaine spirituel. La foi aveugle ne constitue sans aucun doute un grand avantage que lorsque le chemin adopté se trouve par hasard être le bon, et que le guide que vous avez choisi est vraiment la personne appropriée du plus haut niveau, dépourvu de tout sentiment d'attachement ou d'orgueil. Votre foi inébranlable en un tel maître vous conduira alors à la limite ultime de la réalisation spirituelle car vous vous serez alors associé à la Réalité. La foi, en son véritable sens, est un lien vivant entre le mortel et l'Immortel. Il s'effectue, bien sûr, par l'intermédiaire du maître qui est lui-même relié à l'Immortel. Ce lien une fois établi ne peut être brisé en aucun cas et demeure tout au long de notre marche jusqu'au point final. C'est l'un des six sampattis du troisième sadhana du Yoga. A ce stade, la foi est réelle et authentique, et si fermement établie qu'on ne peut s'en départir, même pour un instant. Les raisons à cela sont cependant au-delà de sa compréhension. Avant ce stade, la foi est vraiment artificielle et elle naît, s'en va et revient souvent et pour de multiples raisons. Un maître compétent ne s'y fiera jamais et tolérera toutes les explosions émotionnelles d'amour et de dévotion d'un disciple, attendant patiemment le moment où celui-ci parviendra au stade final de shraddha (la foi), tel qu'il est décrit dans les quatre sadhanas du Yoga, lorsque la foi véritable commence à prendre la forme de l'abandon de soi. La vrai foi est réellement une vertu indescriptible, qui dépasse le cadre de la religion, elle est le courage indomptable qui nous conduit au succès. C'est la force omniprésente qui rend notre chemin facile ; c'est en fait la seule chose qui résolve le problème de notre vie.
La vie dure et misérable que mène la plupart des gens engagés dans la poursuite des divers objectifs de ce monde, garde leur esprit si préoccupé par les problèmes de la vie, qu'ils en viennent souvent à croire qu'ils ne peuvent guère consacrer de temps à la dévotion et à l'adoration sous peine d'y perdre quelque intérêt vital ou quelque gain pécuniaire, ce qu'ils ne peuvent se permettre de négliger sans danger. Cette notion les maintient à l'écart du chemin du devoir bien que, parfois, ils en deviennent apparemment conscients. Leur mental est absorbé à chaque instant dans la pensée des différents problèmes de leur vie matérielle et est rarement dirigé vers Dieu, sauf dans les cas de profonde détresse ou de souffrance. C'est parce qu'ils attachent une importance primordiale à leurs seuls intérêts terrestres, dont ils se préoccupent constamment. Ainsi, ils demeurent empêtrés à l'intérieur de maya, sans jamais penser à s'en extraire à aucun moment. Si, détournant notre attention, nous la dirigeons vers Dieu et ressentons que la réalisation est l'objectif primordial de la vie, nous commencerons naturellement à la considérer comme la chose la plus importante au monde. Cela ne signifie pas que nous ne devons plus nous soucier de nos responsabilités terrestres et négliger notre devoir en ce domaine, ce qui causerait des perturbations et des souffrances à ceux qui dépendent de nous pour leurs besoins. Nous devons rester conscients de notre devoir envers eux tout autant que de notre devoir envers Dieu, mais sans aucun attachement indu. Pour cela nous devons arracher quelques minutes à nos heures de repos (de préférence l'heure du coucher) et, prier Dieu d'un cœur sincère de nous accorder son aide et son appui sur le chemin du devoir. Si nous le faisons régulièrement avec un cœur plein d'amour et de dévotion, cette prière ne restera jamais sans réponse. Quand nous avons été ainsi éveillés au sens du devoir et que l'idée de Dieu devient prédominante dans nos cœurs, nous commençons à traiter la réalisation comme l'objectif primordial de la vie. Tout naturellement notre désir ardent pour elle commence à croître en force et nous sommes ainsi conduits à nous souvenir fréquemment de Dieu, pendant le temps de notre travail habituel de chaque jour, malgré toutes nos obligations et tous nos soucis. Si nous nous écartons du chemin du devoir ce n'est pas dû, en fait, à des circonstances ou à des obligations extérieures, mais seulement aux activités mal dirigées d'un mental indiscipliné. La simple conscience de Dieu guérit de nombreux maux du mental et enlève les difficultés de notre chemin. Il nous faut donc devenir conscients de Dieu pendant la plus grande partie du jour, durant toutes nos activités profanes. Le souvenir fréquent de Dieu, même s'il est d'une grande aide n'est pas tout ce dont nous avons besoin pour réussir finalement notre réalisation. En général, nous entreprenons toute chose importante au nom de Dieu, et c'est la coutume dans presque toutes les religions. Mais cela demeure une simple formalité et n'a pas de signification réelle. Nous ne dédions jamais la chose à Dieu dans le sens réel et notre cœur reste en fait éloigné de l'idée de Dieu. Un tel souvenir de Dieu n'est d'aucune utilité. Le sens réel de cette coutume est de nous amener à demeurer en contact avec l'idée de Dieu dans toutes les phases de nos activités physiques et mentales. Nous devons nous sentir reliés à la force suprême à tout moment, par une chaîne de pensée continue, pendant toutes nos activités. Cela peut se faire aisément si nous considérons tous nos actes et travaux comme faisant partie du devoir divin dont nous a chargé le Grand Maître que nous devons servir de notre mieux. Service et sacrifice sont les deux principaux instruments avec lesquels nous bâtissons le temple de la spiritualité, l'amour en étant bien sûr la base fondamentale. N'importe quelle sorte de service s'il est accompli de façon altruiste, est profitable. Servir nos semblables revient à servir Dieu au sens réel, s'il est accompli sans aucune motivation égoïste. Tout ce que nous faisons dans la routine quotidienne de notre travail est en relation avec certains de nos semblables, qu'ils soient nos enfants, nos amis ou notre famille. Si, pendant que nous faisons notre travail, nous pensons que nous sommes réellement en train de servir l'une ou l'autre des créatures de Dieu et non notre propre intérêt, nous suivons tout au long la voie du service, même si extérieurement nous sommes occupés à notre routine habituelle de travail. Presque toutes les activités de notre vie consistent à fournir des moyens d'existence à nos enfants et à ceux qui nous sont chers. Aussi, si nous les considérons comme les enfants de Dieu qui sont confiés à nos soins, dont nous avons le devoir d'assurer l'existence et sur lesquels nous avons le devoir de veiller, alors nous servons Ses enfants et donc Dieu lui même. En conséquence, nous serons aussi affranchis de tout attachement indu et éliminerons ainsi un des plus grands obstacles sur notre chemin. Ce moyen, bien que simple et facile, nous conduira aussi à la pensée permanente du Maître Suprême au cours de toutes nos activités. Si cela s'enracine profondément dans notre cœur, chacune de nos actions nous semblera être uniquement l'accomplissement du devoir pour le devoir, en accord avec le commandement divin, sans aucun intérêt égoïste ni attachement personnel. L'amour universel devient alors prédominant et nous commençons à aimer chaque être de la création divine sans aucun sentiment d'attachement pour lui. Cela nous conduit à la dévotion et au sacrifice. La dévotion adoucit notre passage et crée un canal pour que le courant divin coule dans notre cœur. Cela enlève la saleté et les déchets de notre chemin et facilite notre marche le long du sentier. Les déchets sont, en vérité, l'effet des idées conflictuelles qui créent des perturbations et des soucis dans notre mental. Par la méditation nous créons une accalmie temporaire dans notre mental et le calme règne tant que nous sommes en contact avec la force divine. Mais méditer à heures fixes ne suffit pas, car nous ne sommes ainsi en contact avec la pensée sacrée que pendant un moment, après quoi nous n'avons plus aucune idée de Dieu et restons pendant la majeure partie de la journée à l'écart du chemin du service et de la dévotion. C'est la raison pour laquelle, souvent, après des années de pratique, on se retrouve encore au niveau le plus bas de réalisation spirituelle. En fait, ce que nous ressentons pendant la méditation n'est que le calme et la simplicité, si nous sommes correctement guidés par un maître compétent. Mais un aspirant est généralement incapable de comprendre cela, car cela dépasse ce qu'il peut concevoir au cours des premières étapes. Ainsi, l'effet étant imperceptible, il se plaint souvent de ne rien sentir durant la méditation. Cela est dû simplement au fait qu'il ne demeure en contact avec la force divine que pendant quelques minutes de pratique. Il ne conserve alors la chose réelle acquise durant la méditation que pendant un moment. A l'inverse, il y a celui qui essaie de conserver le profit de la méditation pendant la majeure partie de la journée et demeure dans le même état aussi longtemps qu'il le peut. Celui-là est, en un sens, dans le souvenir constant de Dieu et ses progrès sont faciles et rapides. Certains pensent qu'il n'est pas possible à un homme qui vit entouré de soucis nombreux et de craintes causées par les attachements de ce monde et les responsabilités, de pratiquer le souvenir constant ou même fréquent de Dieu. Pourtant la pratique et l'expérience leur prouveront que c'est un processus très facile qui peut être pratiqué par tout un chacun, en dépit de tous les soucis et responsabilités, pour peu qu'il détourne son attention vers Dieu au sens réel du terme. L'idée du guru comme force divine suprême est très utile dans la recherche spirituelle. Vous vous confiez à sa direction en le considérant comme un être supra humain. Si, au cours de votre routine quotidienne, vous dédiez tout à votre maître, imaginez le bien que cela vous apportera à la longue. Pendant que vous faites une chose, pensez que ce n'est pas pour vous-même, mais pour votre maître, ou, mieux, pensez que votre maître lui-même la fait pour lui-même. A la table du déjeuner, vous devez penser que votre maître déjeune. En allant au bureau, pensez que votre maître est en train de faire tout cela. En revenant du bureau, supposez que vous voyiez une danse séduisante sur le chemin. Vos yeux sont pris par l'aspect séduisant de la danseuse. Vos pensées semblent être détournées pour un moment. Alors pensez que c'est votre maître, et non vous, qui est en train de voir la danse. Vous perdrez aussitôt tout intérêt pour cela, car l'énergie de votre maître commencera à couler en vous pour vous délivrer de la tentation. Quand vous revenez du bureau, vos enfants se réjouissent de vous voir après tant d'heures. Leur joie vous fait plaisir et c'est tout à fait naturel. Votre attention pendant un moment se détourne vers eux et vous vous sentez un peu en dehors de la pensée sacrée. Ce qu'il vous faut faire alors est de penser que c'est votre maître lui-même, à l'intérieur, qui se réjouit et vous serez à nouveau en contact avec la même pensée sacrée. Si vous êtes en train de bavarder avec votre ami, pensez que c'est votre maître, et non vous, qui lui parle. Lorsque vous marchez, pensez que votre maître lui-même est en train de marcher. Pendant la méditation, si vous nourrissez la pensée que ce n'est pas vous mais le maître lui-même qui est en train de méditer sur sa propre forme, cela amènera d'excellents résultats. De cette manière vous pouvez vous ajuster dans votre travail routinier. Si vous cultivez ce sentiment et conservez la pensée que votre maître est en train de faire chaque chose à votre place, non seulement vous serez en état de souvenir constant tout le temps, mais vos actes ne provoqueront plus du tout d'impressions et, très vite, vous cesserez de former de nouveaux samskaras . Cette méthode, si elle est sérieusement suivie, maintiendra constamment la forme du maître dans votre vision et vous sentirez sa présence à l'intérieur et partout alentour. Même si, en fait le vrai maître n'est pas simplement sa forme physique extérieure, mais son soi intérieur, il est cependant presque impossible d'ignorer complètement la forme. Mais ceux qui s'attachent à la seule idée de la forme physique du maître créent pour eux-mêmes les complications et les enchevêtrements les plus grossiers (gross). Kabir a justement qualifié ce genre de personnes de guru-pashu. Pourtant, si le maître est une grande âme divine qui a assuré son immersion dans la Réalité-Absolue, la méditation sur sa forme est, de loin, du plus grand bénéfice pour les disciples. Son corps, bien que grossier dans son apparence extérieure, est en vérité aussi fin et subtil en qualité que son soi intérieur. Si vous méditez sur la forme d'un tel maître, vous commencerez non seulement à perdre votre propre grossièreté mais, de plus, vous commencerez à vous imprégner intérieurement de la condition très subtile de son soi intérieur. La forme sur laquelle vous avez fixé votre regard disparaîtra au bout d'un certain temps et vous embarquerez progressivement sur le plan de la Réalité pure. J'ai exposé, dans mon livre Commentaires sur les dix maximes du Sahaj Marg, comment la forme s'efface de la vue, quand on fixe constamment son attention sur quelque chose pendant un certain temps. Ainsi, automatiquement, de la forme extérieure nous voyageons vers l'intérieur et, de la, au point véritable où toutes choses disparaissent.
Nous pratiquons bhakti (la dévotion) dans le but de réaliser la communion avec le Maître Suprême. Nous le considérons avec foi et vénération. Peu à peu nous devenons si étroitement intimes avec Lui, que toute le reste perd son importance à nos yeux. C'est la soumission à la volonté du maître ou, en d'autres termes, le commencement de l'abandon de soi. Cela continue à se développer au fur et à mesure que notre foi devient plus forte. Cela nous amène à un état stable où s'arrêtent les oscillations de notre mental. Le moment venu, nous commençons à nous sentir subjugués par une grande force qui détourne notre mental de tout le reste. Nous devenons libres des activités indésirables. maintenant constamment le fonctionnement correct des organes (indriyas). L'abandon de soi n'est rien d'autre qu'un état de complète acceptation de la volonté du maître, qui entraîne un total oubli de soi. Quand on se maintient dans cet état de façon permanente, on est conduit au début de l'état de négation. Quand nous nous abandonnons au Grand Maître, nous commençons à attirer un courant continuel de la force divine la plus élevée qui vient de lui. En cet état, un homme ne pense ou ne fait que ce qui vient de la volonté de son maître. Rien dans le monde ne lui semble être à lui, mais il considère chaque chose comme un dépôt sacré du maître et il fait tout en pensant que c'est sur l'ordre de son maître. Sa volonté devient complètement subordonnée à la volonté du maître. Un bel exemple d'abandon nous est présenté par Bharata, le fils de Dasharatha, quand il alla dans la forêt avec les gens d'Ayodhya pour inciter son frère Rama à revenir. En réponse aux supplications des gens, Rama répondit, gravement, qu'il serait tout à fait d'accord pour rentrer dans la capitale pourvu que Bharata lui demande de le faire. Tous les yeux se tournèrent vers Bharata qui était là, lui aussi, pour l'inciter à revenir, mais il répondit calmement : « Il ne m'appartient pas de commander, mais seulement d'obéir ! » La Bhagavad Gita, aussi, parle de l'état d'abandon. Ce n'est pas une chose ordinaire à laquelle on parvient facilement. Cela commence après la complète négation de tous nos sens et facultés, à laquelle nous parvenons au moyen des lois élémentaires de la dévotion. Nous nous soumettons à notre maître, le considérant comme un être supra humain. Nous l'aimons avec foi et vénération et essayons par tous les moyens d'attirer son attention et sa grâce. Dans ce but nous établissons notre lien avec lui sur le modèle des relations du monde uniquement pour faciliter les choses. Nous le considérons comme un père, un frère, un maître ou un bien-aimé. Cette méthode, si elle est poursuivie avec le sérieux voulu, est très profitable au disciple. La force du lien d'attirance ainsi établi le conduit à un état de dévotion et d'abandon. La conception du guru en tant que mère est, à mon avis, de loin la mieux adaptée et la plus avantageuse pour le disciple. Une mère est la véritable incarnation de l'amour et de l'affection. Seul un cœur de mère peut supporter avec patience tous les soucis et tous les chagrins que lui cause son fils, tout en pensant à ce qu'elle peut faire pour essayer de pourvoir au confort et au bonheur de celui-ci. Telle est la position du maître véritable ou guru qui est la mère spirituelle du disciple. Ainsi le guru est toujours attentif au bien-être spirituel de son enfant : le disciple. C'est grâce à l'attachement affectueux du guru à son disciple, que l'attention du Père Suprême, avec qui sa mère spirituelle est en contact si étroit, se dirige vers le disciple. L'affection d'une mère est bien connue, mais les gens savent bien peu de choses sur l'affection d'un guru et encore moins sur l'affection de DIEU. Le rôle d'une mère et le rôle d'un véritable guru sont étroitement semblables. La mère garde l'enfant à l'intérieur de sa matrice pendant un certain temps. Le guru, aussi, garde l'enfant spirituel à l'intérieur de sa sphère mentale pendant un certain temps. Durant cette période, le disciple, tel un bébé dans la matrice, suce son énergie et est nourri par les vagues spirituel]es des pensées du guru. Quand le temps de maturation est achevé, l' abhyasi naît dans le monde plus lumineux et, désormais, sa propre vie spirituelle commence. Si le disciple entre dans la sphère mentale du guru, en lui abandonnant toutes ses possessions, il ne faut que sept mois pour le faire accéder au monde plus lumineux. Pourtant le processus demande en général beaucoup plus de temps car, tout en étant dans la sphère mentale du guru le disciple conserve la conscience de ses propres pensées et sentiments. Ainsi, nous constatons que la position du guru ressemble beaucoup à celle de la mère. La conception du guru en tant que mère spirituelle génère en nous les sentiments d'amour, de vénération et d'abandon qui sont les facteurs principaux de la vie spirituelle. Les sages ont classé les disciples en deux catégories principales : les manamata et les guru-mata. Les premiers sont ceux qui approchent le guru dans un but terrestre défini, tel que le soulagement des souffrances du monde, le désir de richesses, etc. Ils ne se soumettent à lui que tant qu'ils espèrent la réalisation de leurs désirs. Quand ils sont déçus, dans ce domaine, ils s'en vont Pour de tels disciples, la question d'obéissance ou de soumission ne se pose même pas, que dire alors de l'abandon. Les disciples guru-mata sont ceux qui obéissent aux ordres du maître dans tous les domaines et essaient de se soumettre à sa volonté de toutes les façons possibles. La soumission commence par l'obéissance. Quand nous sommes profondément impressionnés par les grands pouvoirs d'un maître d'une haute réalisation spirituelle, nous nous sentons intérieurement enclins à suivre ses ordres. Mais souvent l'effet sur nous ne se manifeste qu'en sa présence et, quand nous sommes loin de lui, nous ne nous soucions plus de lui. Sa fréquentation répétée pendant un certain temps nous amène à un contact plus étroit avec cette grande âme et sa suprématie commence à s'affirmer dans notre cœur. Nous l'acceptons comme guide pour tout ce qui concerne notre avancement spirituel. Ce qui fait que nous pensons souvent à lui. Notre vraie soumission ne commence que lorsque nous sommes parfaitement convaincus de ses capacités supérieures. Nous continuons ainsi et pratiquons comme il nous est demandé de le faire. Nous voulons lui faire plaisir par nos actions. L'idée de bien ou mal commence aussi à prendre la première place dans notre cœur et nous nous sentons enclins à nous abstenir du mal. Nous adoptons en conséquence une conduite vertueuse de façon à pouvoir plaire à notre Grand Maître. C'est notre motivation fondamentale, car nous désirons échapper aux souffrances d'une autre vie. Mais, jusque-là, nous nous réservons le droit de choisir et, en conséquence, nous sommes responsables de toutes nos actions, bonnes ou mauvaises. Une homme parvenu à un stade plus élevé d'abandon voit presque s'évanouir cette faculté de choisir et accomplit toutes choses en pensant que c'est la volonté de son maître. La question de bien ou de mal ne surgit plus dans son mental, car il devient absolument certain qu'en suivant la volonté de son maître, il fait la seule chose correcte et il ne fait que le bien, sentant que c'est la volonté de son maître.
Nous entendons presque tout le monde parler de Dieu, de l'âme et du mystère de l'univers d'une façon ou d'une autre. Mais si nous sommes à la recherche de quelqu'un qui a réalisé Dieu, ou qui le connaît, nous ne trouverons probablement personne parmi ceux-là. C est la raison pour laquelle il y a des querelles constantes entre les représentants des diverses religions. Ils parlent abondamment de Dieu mais, intérieurement, il se pourrait qu'ils ne soient pas meilleurs qu'un véritable athée. Ils reconnaissent Son existence en paroles, mais leur cœur semble totalement insouciant de Son existence. Pour eux, Dieu n'a d'utilité que lorsqu'ils sont dans la détresse ou la souffrance. Ils attendent de Lui qu'en de telles occasions Il réponde à leur appel et chasse leurs difficultés. Ils ne Le prient que pour la satisfaction de leurs désirs. C'est vraiment loin de l'idée de véritable amour et de dévotion. Un vrai dévot est celui qui L'aime non pour en obtenir des faveurs ou des bénéfices terrestres, mais uniquement pour l'amour. Il demeure toujours dans un état de complet asservissement à Sa volonté. Il est parfaitement satisfait de tout ce dont il est gratifié, que ce soit bon ou mauvais, agréable ou déplaisant. Joie et chagrin sont sans signification pour lui. Tout est pour lui un bienfait de son Bien-aimé. Une attitude aussi complètement résignée, et qui ne se pose aucune question sur aucun sujet, constitue la plus haute forme de dévotion. Être résigné ne signifie pas cependant que l'on doive rester inactif, à ne rien faire et à compter tout le temps sur Dieu en pensant que la volonté de Dieu nous enverra tout ce dont nous avons besoin s'il le veut ainsi. “Dieu aide ceux qui s'aident eux-mêmes” est un dicton connu et littéralement vrai. Nous manquons à notre devoir sacré si nous ne nous efforçons pas, nous-mêmes, de remplir nos responsabilités, qu'elles appartiennent à ce monde ou à l'autre. La seule chose que nous devrions garder à l'esprit est que nous travaillons en accord avec la volonté de Dieu et nous nous sentons satisfaits du résultat quel qu'il puisse être. Quand nous parvenons à ce niveau nous pouvons penser, avec raison, que nous sommes de vrais dévots du Maître Suprême et donc sur le bon chemin qui conduit à la Réalité. La Réalité n'est pas quelque chose qui se perçoit à travers les organes des sens physiques, elle ne peut être réalisée qu'au plus profond de notre cœur. C'est pourquoi nous devons y plonger profondément pour résoudre le problème de notre vie. Nous avons dans notre mental une idée de ce grand Univers qui est, comme chacun le sait, la manifestation matérielle de Dieu. En général, nous le considérons commemayaou illusion, pour le distinguer de l'immuable Réalité-Absolue. Les gens ont essayé de définirmayade bien des façons différentes, peut-être non sans quelque raison. C'est véritablement un pouvoir divin qui a amené la création entière à l'existence, avec ses différentes formes, et qui régit tout son fonctionnement. Nous sommes constamment pris dans cet immense pouvoir et ses effets sont visibles à travers toutes les phases de notre activité. Nous tournons en rond à l'intérieur de la sphère brillante de maya, nous accrochant parfois à l'une ou à l'autre des choses que nous voyons et que nous prenons pour la Réalité. Nos sens, sentiments et émotions, les parent de couleurs nouvelles et nous font agir en conséquence. Nous demeurons empêtrés à l'intérieur du filet de maya, sans aucun espoir d'y échapper, jusqu'à ce que nous en détournions notre attention pour la retourner vers la Réalité immuable qui se trouve à la racine. Ce vaste cercle de la manifestation matérielle, résultat direct de maya, est sans limite. En lui, nous tournons encore et encore, d'un mouvement qui ne s'arrête jamais comme la jante d'une roue, nous éloignant sans cesse de l'axe central. De même que tout cercle doit avoir un centre, de même ce grand cercle de la manifestation doit avoir un centre ou une base. Si nous sommes capables de le découvrir, nous pourrons peut-être trouver un fil conducteur vers la solution de notre problème. Toute la science des mathématiques repose sur une petite base, le zéro. Donc, pour cet Univers sans limite, nous devons découvrir un zéro, une base à partir de laquelle tous les niveaux d'existence ont commencé. Et encore, l'observation minutieuse révèle que le centre d'un cercle est en lui-même un autre cercle plus petit et plus fin. Aussi bien, celui-ci doit avoir un autre centre encore plus fin. Ce processus se continue indéfiniment. En d'autres termes, chacun des cercles plus fins ou plus petits sert de centre à un cercle plus grand, extérieur à lui. La raison et l'imagination sont incapables d'en trouver l'origine ou la fin. Ainsi, derrière cet univers matériel solide, il y a un autre Univers plus fin ou plus subtil qui est la cause ou le centre de cet univers extérieur. Ensuite, pour ce cercle plus fin, il doit y avoir un autre centre, représenté par un cercle encore plus fin, et ainsi de suite. Pour exprimer cela autrement, disons qu'il peut ainsi exister d'innombrables cercles, l'un après l'autre, autour de ce point inimaginablement plus fin : le centre à l'intérieur ; chaque cercle à son tour servant de centre au prochain cercle extérieur, jusqu'à ce que nous arrivions à la présente forme d'existence solide. Ce qu'il nous faut faire désormais, c'est faire remonter notre marche de l'actuelle forme grossière d'existence, à la précédente forme plus fine et plus subtile, et cela jusqu'à la plus lointaine limite possible de l'approche humaine. Dans notre actuel état d'existence nous sommes en train de tourner en rond, encore et encore, à l'intérieur de la sphère de la grossièreté (grossness). Notre seul espoir consiste à forcer notre chemin, droit vers le centre ou la cause racine, en traversant l'une après l'autre des régions de plus en plus fines. Voilà l'essence de la science spirituelle. La cause-racine de l'univers entier, de sa forme la plus subtile à sa forme la plus grossière, est le centre le plus intérieur, la Base ou Zéro. Nous pouvons l'appeler Dieu ou Brahma. La composition d'un homme est, elle aussi, exactement la même que celle de l'univers. De même que derrière cet univers extérieur solide il y en a d'innombrables autres d'une nature de plus en plus subtile, de même, derrière le corps physique grossier de l'homme, il y a de nombreuses formes d'existence de plus en plus subtiles. La forme la plus extérieure est le corps grossier (sthool-sharir), derrière lequel se trouve le corps astral (sukshma-sharir) et le corps causal (karan-sharir). En plus de ces trois formes extérieures il y en a qui sont si fines et si subtiles, que les penseurs ne les appellent même plus des corps mais, seulement, de fines enveloppes autour de l'âme. Il est vraiment très difficile de mettre un nom sur chacune de ces enveloppes, qui peuvent être innombrables. Avec toutes ces formes innombrables, de la plus subtile à la plus grossière, l'homme existe dans le monde matériel, comme une véritable copie de l'Univers ou l'entière manifestation de Dieu, représentée par un cercle complet, de la circonférence la plus extérieure au centre le plus intérieur ou zéro. Or, le centre le plus intérieur ou zéro de l'existence de l'homme et celui de la manifestation de Dieu sont exactement les mêmes. La réalisation de Dieu signifie la même chose que la réalisation de Soi et vice-versa. Tout l'univers est venu à l'existence à partir du même point, le zéro, suivant le processus de l'évolution. De la même manière, l'existence de l'homme, aussi, s'est développée à partir du même point. Avant le moment de la création, la seule chose existante était la cause-racine, et tout l'univers, tel que nous le voyons aujourd'hui, était immergé en elle sous la forme la plus subtile, chaque chose perdant son identité individuelle. Donc le centre, comme la toute petite graine d'un arbre, contenait en lui tout l'univers sous la forme la plus subtile. C'était donc la forme extrêmement réduite de la même manifestation déployée que nous voyons aujourd'hui. Ainsi, le centre, les mouvements latents et toute la création sous la forme la plus subtile, le tout combiné ensemble pour ne former qu'un, devinrent la cause de la création quand le temps en fut venu. Au moment de la création, chaque chose commença à adopter une forme d'existence. L'homme aussi adopta son existence individuelle. La conscience de son individualité fut la première enveloppe dans la composition de l'homme. Des additions ultérieures s'ajoutèrent l'une après l'autre. L'égoïté commença à se développer et, finalement, prit une forme plus grossière. Le travail du mental, des sens et des facultés, commença sadhanasà contribuer pour sa part à cette grossièreté. Les actions du corps et du mental conduisirent à la formation de samskaras . Finalement, maintenant, l'homme existe sous une forme grossière constituée extérieurement d'un corps grossier et à l'intérieur de corps et d'enveloppes plus subtils. Maintenant, à partir de cette forme extérieure solide d'existence, nous marchons droit vers le centre traversant des états de plus en plus fins. Partant du corps grossier nous allons jusqu'au corps mental et, de là, au corps causal, croissant en finesse et subtilité à chaque étape et avançant plus loin pour rencontrer les autres enveloppes. Les méthodes généralement adoptées pour cela sont classées sous trois rubriques : l'action (karma), la dévotion (upasana) et la connaissance (gyana), qui forment la base commune de toutes les différentes religions et croyances. Les quatre moyens élémentaires (sadhana-chatushtaya) utilisés dans ce but sont presque les mêmes partout. La première de cessadhanas est le discernement (viveka). Nous voyons beaucoup de choses dans le monde mais, quand nous réfléchissons à leur existence, nous constatons qu'elles sont changeantes, c'est-à-dire qu'elles sont les différentes formes de maya, ainsi que nous les appelons généralement. Nous sommes ainsi poussés intérieurement à chercher plus profondément pour en découvrir la cause. Notre attention est ainsi détournée des choses transitoires vers ce qui est immuable ou éternel. Les choses du monde commencent ainsi à perdre leur charme et, en un sens, nous nous sentons sans lien avec elles. Cela nous conduit à l'état de renoncement ( vairagya ) dont on dit qu'elle est la seconde des quatre sadhanas. L'état de renoncement se produit aussi sous l'influence de certaines autres causes. Par exemple, quand nous sommes saturés des choses du monde, après nous y être adonnés jusqu'à la satiété de notre cœur, nous commençons parfois à éprouver pour ces choses une répulsion intérieure. Dans ces cas-là, notre attention se reporte naturellement vers quelque idéal plus noble et nous nous sentons quelque peu éveillés aux pensées divines. D'autres fois, quand nous avons été profondément blessés par la trahison et la déloyauté du monde, nous ressentons un dégoût et une répugnance intérieurs envers les choses profanes. Un sentiment d'insatisfaction et de détachement se développe aussi, quand nous sommes dans l'affliction par suite de la mort d'un de nos proches. Pourtant le détachement né dans de telles circonstances est rarement authentique et durable. Il disparaît aussi vite que disparaissent les circonstances pénibles. On raconte une histoire à propos d'un homme qui voulait voir Saint Kabir. Quand il arriva à la maison de Saint Kabir, on lui dit que celui-ci s'était rendu à des funérailles avec un groupe de personnes, au champ de crémation où était brûlé le cadavre de l'un de ses parents défunt. L'homme se rendit au champ de crémation pour l'y rencontrer. Cependant comme il n'avait jamais vu Saint Kabir auparavant, il pensa qu'il lui serait difficile de le reconnaître au milieu de la réunion. On lui dit que pour cela il n'avait qu'à regarder le halo autour de la tête de chacun. On pourrait voir ce halo briller autour de la tête de tous ceux qui se rendaient à la réunion mais, sur le chemin du retour, il deviendrait de plus en plus terne et finirait par disparaître. Seul le halo de Saint Kabir conserverait son éclat d'un bout à l'autre. Ceci montre que le sentiment de détachement provoqué par ce genre de causes fortuites n'a généralement, qu'une vie éphémère et change au fur et à mesure que les événements changent car, même si un choc imprévu fait naître un sentiment temporaire de vairagya , la graine des désirs et des plaisirs reste encore profondément enfouie dans le cœur et peut germer aussitôt qu'elle rencontre une atmosphère favorable. Le sentiment de vairagya , en son sens réel et avec des résultats durables, ne peut se développer qu'après un nettoyage complet et grâce à une modération convenable. Les adeptes des Vedas pratiquent vairagya d'une façon différente. Ils forcent leur imagination à croire que tout ce qu'ils voient est maya, donc transitoire ou faux et ils concluent que la réalité qui se trouve au fond est Brahma. Ils utilisent la force de leur volonté pour renforcer cette pensée jusqu'à ce qu'elle leur devienne habituelle, provoquant une modification de leurs actions et habitudes extérieures. Par conséquent l'effet en reste surtout uniquement extérieur. Il se peut, cependant, qu'après une pratique longue et continuelle, quelque chose puisse se refléter à l'intérieur. De la même manière le discernement (viveka) provoqué uniquement par un effort de l'imagination, sans un soupçon de pratique n'a pas de base solide. Une étude attentive de ce sujet montrera qu'en réalité viveka et vairagya ne sont pas les moyens (sadhana ) mais seulement le résultat de quelques autres moyens (sadhana ). Viveka ou vairagya sont un état du mental qui se produit à différentes étapes, par la pratique constante de certainessadhanas yogiques telles que : souvenir, dévotion, amour, etc. la véritable viveka ne se développe jamais tant que les sens ne sont pas totalement purifiés. Cela n'arrive que lorsque le mental devient convenablement ajusté et discipliné, et que l'ego (ahankar) assume un état purifié. Ainsi donc, viveka est en fait la conséquence de pratiques poursuivies dans le but de produire le résultat désiré. Quant à vairagya , la seconde sadhana des védantistes, elle est de la même façon la conséquence de viveka. Ainsi donc elles sont des étapes de réalisation élémentaire dans le yoga et non pas dessadhanas ou moyens de réaliser ces étapes. Dans la méthode Sahaj Marg de yoga, viveka et vairagya ne sont pas envisagées comme sadhana , on les laisse de côté, attendant qu'elles se développent automatiquement chez l'aspirant au cours de son évolution. Le Sahaj Marg commence par ce que l'on nomme la troisième sadhana des védantistes, composée de six formes de réalisations spirituelles appelées shat-sampatti. Le premier de ces sampattis est sham qui se rattache à la condition paisible du mental conduisant à un état de calme et de tranquillité. Quand nous le pratiquons viveka et vairagya en découlent automatiquement. vairagya , dans le sens de non existence des choses, me semble une manière de procéder très difficile car, pour cela, on doit adopter un chemin négatif et écarter ou rejeter tout ce qui se présente à nos yeux. Au contraire, si nous adoptons l'attitude positive, et n'acceptons qu'une seule chose comme réelle en nous y attachant de tout notre cœur, le reste passera tout naturellement à l'arrière plan et, petit à petit, nous lui deviendrons indifférents. En conséquence, notre attachement à ces choses commencera à disparaître peu à peu, et nous aurons acquis vairagya de la manière la plus facile Nous voyons donc que la chose primordiale dans le yoga est la régulation convenable du mental qui n'est jamais en repos. lI crée de nombreuses idées et pensées, stimule les sens et les facultés et active le corps. Toute chose, qu'elle soit bonne ou mauvaise, prend son origine dans le mental et c'est le mental seul qui gouverne toutes nos sensations, nos émotions et nos pulsions. Les penseurs ont classé les tendances du mental en cinq catégories. La première est appelé kshipta, c'est la condition perturbée du mental qui comprend toutes les sensations telles que la faim, la soif, la colère, le chagrin, le désir de richesse, le désir de célébrité, etc. La seconde, moodha, comprend les tendances qui provoquent paresse, indolence ou fainéantise. La troisième, vikshipta, se rapporte à la tendance qui détourne le mental des pensées sacrées et occasionne de nombreuses pensées obsédantes et hors de propos durant la méditation. La quatrième, ekagra-vritti, est la tendance à fixer notre attention sur une seule chose à la fois. La dernière, nirodh, est la tendance qui amène le mental à un état d'autocontrôle parfait, libre de toute complexité et perturbation. Pour parvenir à ce dernier état, les sages ont généralement conseillé l'Ashtanga-Yoga à savoir : yama, niyama, asana, pranayama, pratyahara, dharana, dhyana, et samadhi. Dans la méthode d'entraînement du Sahaj Marg nous commençons à dhyana, la septième étape du Yoga, en fixant notre mental sur un point pour pratiquer la méditation. Les étapes précédentes ne sont pas abordées séparément car elles sont intégrées automatiquement dans la pratique à mesure que l'on poursuit la méditation. Ainsi, avec cette méthode, nous nous épargnons beaucoup de temps et de travail. En résumé, nous commençons notre pratique à sham, le premier des six sampattis de la troisième sadhana des védantistes et consacrons toute notre attention à modeler et réguler convenablement le mental, ce qui se fait aisément grâce au pouvoir de transmission d'un maître compétent. Le contrôle des sens et des indriyas (dam) s'ensuit automatiquement quand nous fixons notre mental sur une seule et unique chose, la Réalité, ignorant tout le reste. En général la plupart des sages suivent cette voie. Une petit nombre de sectes tentent d'arriver à sham au moyen de la pratique du karma (l'action), d'autres au moyen de la dévotion ( bhakti ). Il y en a d'autres encore qui laissent de côté les deux précédentes et utilisent la voie de la connaissance (gyana). En fait les étapes de karma, upasana et gyana ne diffèrent pas les unes des autres mais sont étroitement interconnectées et coexistent en un seul et même état. Par exemple en upasana le contrôle du mental est karma, l'état de contrôle du mental est upsana et la conscience de cet état est gyana ; mais en gyana le processus de la pensée est karma, le fait de s'en tenir à l'objet de concentration est upasana et l'état résultant est gyana ; alors que dans karma la résolution d'agir est karma, la manière de le mettre en pratique est upasana et la conscience de l'avoir réalisé est gyana. Voilà pourquoi, dans notre technique d'entraînement, nous entreprenons tout cela ensemble de la manière la plus efficace, ce qui crée automatiquement les états de viveka et vairagya en leur véritable sens. Aucune pratique n'a d'utilité réelle si elle n'a pas pour résultat naturel viveka et vairagya . La forme authentique de viveka se produit quand un homme commence à se rendre compte de ses propres défauts et de ses insuffisances, et qu'au fond de son cœur il s'en repent. Nous avons parlé des deux premiers sampattis. Nous en venons maintenant au troisième, appelé uparati ce qui signifie se retirer de soi-même. En cet état, un homme est exempt de tous les désirs, y compris ceux relatifs à l'autre monde. Il n'est charmé ni attiré par aucun objet dans le monde. Son mental est constamment centré sur une chose unique – le Réel. Cela diffère de l'état de vairagya , en ce que vairagya produit un sentiment d'aversion pour les choses profanes, alors que uparati est un état dans lequel les sentiments d'attraction et de répulsion sont tous deux absents. vairagya n'est en vérité, que la forme incomplète de cet état plus élevé et plus noble. A ce stade, notre mental, nos sens et nos indriyas sont totalement purifiés. Nous commençons à nous sentir rassasiés de toutes les choses extérieures et nous nous en dissocions avec l'idée qu'elles ne valent pas la peine qu'on leur prête attention. Nous sommes libérés de l'effet d'attachement au monde. Pour une personne dans cette condition, même les satisfactions du paradis n'ont plus de charme et elle ne ressent pas davantage d'attirance pour le salut, la libération ou d'autres idéaux plus élevés. Le quatrième sampatti est titiksha ou l'état de force d'âme. Dans cet état une personne se satisfait parfaitement de ce que Dieu lui a accordé. Elle n'éprouve rien face aux préjudices, insultes, condamnation ou appréciation. Le cinquième est shraddha ou la foi qui est une très haute réalisation. Cela diffère beaucoup des états préalables de foi artificielle, ainsi que nous l'avons expliqué au chapitre intitulé Le dernier est samadhan qui est un état d'abandon de soi à la volonté du maître, sans même que l'on ait conscience de cet abandon. A ce stade, une personne est parfaitement vouée au Maître Suprême sans aucune autre pensée. Nous avons donc exposé les diverses réalisations de la troisième sadhana . Nous en arrivons maintenant à la dernière des quatre sadhanas, connue sous le mon de mumukshu. Il reste peu à faire lorsqu'une personne arrive à cette étape si ce n'est développer son association étroite à la Réalité Absolue ou véritable immersion dans l'état de non-entité. C'est la phase pratique de la réalisation et on pouvait y arriver après une pratique intense dessadhanas élémentaires dans les anciennes méthodes de yoga. Le système moderne du Sahaj Marg diverge des anciens systèmes établis en ce qu'il n'aborde pas les différentes étapes de l'Ashtanga-Yoga les unes après les autres, séparément. Dans ce système, asana, pranayama, dharana, dhyana et samadhi sont toutes abordées simultanément au cours de la méditation. La méditation nous conduit normalement à la concentration ou état de samadhan . C'est ainsi que nous arrivons au samadhi qui est l'étape finale du yoga. Il y a trois formes de samadhi ou stade de la concentration. La première, se produit quand une personne se sent perdue ou totalement absorbée. Ses sensations, perceptions et émotions sont temporairement suspendues de telle sorte qu'apparemment elles semblent mortes pendant ce temps, Cette personne ressemble à quelqu'un qui est dans un sommeil profond et ne se rend compte de rien. La seconde forme est celle où une personne, bien que profondément concentrée sur un point, ne se sent pas vraiment absorbée en lui. On peut décrire cet état de conscience à l'intérieur d'un état inconscient. Apparemment elle n'est pas consciente de quoique ce soit mais, pourtant, la conscience est là, à l'intérieur, même si c'est sous une forme indistincte. Considérons un homme qui marche le long d'une route en réfléchissant profondément à un problème. Il s'y absorbe si complètement qu'il n'est conscient de rien d'autre, qu'il ne voit rien sur son chemin, qu'il n'entend ni les sons ni les voix autour de lui. Il avance dans un état d'inconscience mentale. Pourtant il ne se heurte pas aux arbres sur le côté de la route et ne se fait pas renverser par les voitures qu'il rencontre. Dans son état d'inconscience il fait face, sans s'en rendre compte, aux nécessités et agit selon les besoins de la situation. lI n'est pas conscient de ses actes. Voilà ce qu'est la conscience dans un état inconscient. En cet état du mental la conscience des choses extérieures semble être dans un état dormant et ne crée que peu d'impressions. La troisième forme est le sahaj-samadhi. C'est le type de concentration le plus subtil. En cet état une personne s'affaire à son travail, son mental y est absorbé mais dans le tréfonds de son cœur il est encore établi dans la chose réelle. Son mental conscient est pris par le travail extérieur alors que dans le même temps son esprit subconscient est absorbé par des pensées divines. Il est continuellement en état de samadhi même si, apparemment, il s'occupe d'affaires profanes. Voilà la plus haute forme de samadhi et il ne reste plus grand chose à faire à quelqu'un qui est entré de façon permanente dans cet état. Les divers états spirituels réalisés pendant le cheminement sont caractérisés par un pouvoir spécial et une capacité spéciale pour effectuer le travail de la Nature. La région inférieure connue sous le nom de pind-desh comporte divers sous-points situés dans la poitrine. C'est le centre de panch-agni-vidya dont on parle si couramment dans la littérature religieuse ancienne de l'Inde. Quand une personne acquiert la maîtrise de cette région, elle développe automatiquement en elle une connaissance intuitive de la science relative à la matière, et elle peut s'en servir de la manière qui lui convient après avoir acquis suffisamment de pratique et d'expérience. Cependant, comme cette réalisation ne sert pas son dessein, en ce qui concerne la spiritualité, l'aspirant est maintenu dans un état d'indifférence envers ces pouvoirs matériels, et aidé par le pouvoir reflété du guru à traverser cette région, sans que son attention puisse être captée par autre chose que ce qui est de nature purement spirituelle. Il est dès lors en position de mener à bien les menus travaux divins qui lui sont confiés. Sa sphère de travail, à ce stade, est une petite localité, par exemple une ville, un district ou quelque région plus importante. La nature du travail qu'il exécute est d'adapter convenablement l'activité de tout ce qui se trouve à l'intérieur de sa juridiction, en suivant parfaitement les exigences de la Nature. Il apporte les éléments nécessaires à l'intérieur de sa sphère et enlève ceux qui sont indésirables. On l'appelle un rishi et son titre est vasu. Juste au-dessus en grade et en position se trouve le dhruva. Il jouit de la maîtrise sur le brahmanda-mandal et entre dans la catégorie de muni. Sa sphère de travail est beaucoup plus large et il exerce l'autorité sur les vasus. Son devoir consiste à veiller à nettoyer l'atmosphère de toutes les pensées et idées indésirables qui prévalent dans cette sphère. A côté de ce travail de routine, il doit aussi assumer de nombreux autres pouvoirs qui lui sont confiés pendant un certain temps. Cet état est acquis après complète illumination de la région située dans le hylem-shadow. Encore au-dessus est la position de dhruvadhipati qui dirige le travail des dhruvas. Cet état est acquis lorsqu'on a réalisé la maîtrise du point naval. Sa sphère de travail s'étend au monde entier, mais son travail est de nature similaire à celui d'un dhruva. En plus de son travail de routine, en rapport avec le nettoyage de l'atmosphère, il doit aussi surveiller les événements et incidents fortuits qui surviennent à divers moments. Ces fonctionnaires divins sont des âmes de grande envergure, développées à un haut degré, qui travaillent strictement en accord avec la volonté de la Nature, dans un oubli complet de leur individualité et de leur ego. Leur travail est automatique et mécanique et elles n'ont aucun choix personnel, ni aucune liberté de décision, dans aucun domaine. La position de parishad, qui est supérieure aux dhruvadhipatis, n'est accordée que dans les rares circonstances où la Nature en éprouve un besoin des plus impérieux. Il organise et dirige les activités des divers fonctionnaires mentionnés ci-dessus, qui lui sont subordonnés et leur répartit les diverses tâches, ne se réservant que les plus importantes. Sa volonté agit dans tous les domaines importants : grandes entreprises, guerres, etc. Dans le but d'amener les résultats prévus. Il élabore tous les plans de destruction et de construction de la Nature. Sa sphère de travail est confinée à ce seul monde-ci. Son état est acquis quand une personne acquiert une complète maîtrise sur le point central sahasra-dal-kamal. La position de maha-parishad est la plus haut placée. C'est le dernier poste divin et il est très rarement conféré, sauf quand la Nature éprouve le besoin urgent d'un changement drastique ou d'une remise en état complète du monde. Il jouit des pouvoirs les plus élevés. Cela commence à partir de la région droite de l'os occipital, comme indiqué au schéma n° 5 du livre L'efficacité du raja-yoga à la lumière du Sahaj Marg . Telles sont les merveilleuses réalisations du raja-yoga , auxquelles un homme peut parvenir s'il est réellement sincère et suit le bon chemin sous la conduite d'un guide compétent.
Le monde, en ce moment, traverse une étape critique. Jour après jour la situation politique devient de plus en plus complexe. La condition économique est devenue très déprimante. La dégradation morale, religieuse et sociale a presque atteint sa limite ultime. Une atmosphère de rivalité, d'agitation et d'insécurité règne partout. Chaque nation observe ses voisins d'un œil jaloux et utilise toutes ses ressources à découvrir la manière de les exploiter. Les hommes d'État du monde n'ignorent pas complètement ces faits. Ils essayent tous les moyens pour arriver à une solution satisfaisante des problèmes variés auxquels le monde est confronté. Pourtant, les efforts de tous les organismes mis en place dans ce but ne semblent pas présenter de résultats encourageants dans l'ensemble. Le problème de la paix dans le monde, si important dans l'esprit des plus grands politiciens et hommes d'État, est une pure illusion, un mirage. L'état des affaires en Inde ne présente pas une brillante perspective. Les dissensions et l'esprit de parti sont au premier plan partout dans le pays. L'intérêt personnel prédomine. Les principes moraux sont négligés. Gagner son pain quotidien est devenu un problème préoccupant. Pourtant, en dépit de tout cela, certains parmi nous pensent que le pays fait des progrès. Ce qu'ils prennent comme signe de progrès est le glissement progressif de ce pays vers le modèle de civilisation occidental, basé sur le matérialisme pur. Pourtant, maintenant, l'époque du matérialisme doit se terminer. L'ordre ancien doit changer et céder la place à un ordre nouveau. La structure actuelle de la civilisation mondiale basée sur l'électricité et l'énergie atomique, n'existera plus pour longtemps. Elle est destinée à s'effondrer bientôt. Toute l'atmosphère est tellement polluée par le poison du matérialisme absolu que l'épurer est presque au-delà des capacités humaines. L'époque est presque mûre pour un changement imminent et inévitable et pour cela l'énergie divine, sous une forme humaine, est déjà à l'œuvre, ainsi que je l'ai indiqué dans mon livre L'efficacité du raja-yoga à la lumière du Sahaj Marg . Il se peut que, pour le moment, cela ne paraisse pas convaincant à certains d'entre-nous, mais c'est un fait indubitable. Le monde entendra parler de cette personne, et du travail qu'elle fait en ce sens, dans quelque temps quand les événements seront suffisamment manifestés. Le travail divin est toujours accompli par l'intermédiaire de quelque être humain de grande envergure et jamais directement. La raison en est que Dieu ne possède pas le mental qui est le seul instrument pour mettre les choses en mouvement. L'homme possède un mental qui peut être utilisé dans ce but, mais seulement quand il a perdu en totalité le sentiment de son existence individuelle. Ce qui demeure en lui, après qu'il soit arrivé à la négation totale de lui-même, n'est plus le mental humain mais seulement le mental divin dans un état pur et absolu. Alors, la Nature travaille à travers ce mental divin, même si, en apparence, il existe à l'intérieur d'un être de forme humaine. Je présente aux lecteurs un aperçu du monde à venir, selon ma vision. Qu'on le croit on non, ceci est ma lecture de la Nature en état de clairvoyance. Il existe des signes évidents que la destruction des éléments indésirables dans le monde a déjà commencé. De tels exemples se sont produits de nombreuses fois auparavant depuis que le monde existe. La guerre de Rama contre Ravana, le déluge de Noé et la bataille de Mahabharata en sont quelques exemples parmi beaucoup d'autres. Une telle destruction se produit de diverses manières. Ce peut être par une guerre ou une dissension interne, une calamité céleste telle qu'une éruption volcanique ou d'autres causes du même genre. Le temps est mûr désormais pour la phase finale et le monde s'y précipite à toute vitesse. Il se peut que cette action prenne toute son envergure avant la fin de ce siècle, mais certains des événements énumérés ci-après peuvent mettre plus longtemps à se manifester. La chaleur du soleil a diminué progressivement depuis quelque temps, et ce peut être un problème pratiquement insoluble pour les scientifiques, car il est possible que dans quelque temps la vie sur terre devienne impossible par suite de la chaleur insuffisante du soleil. Aucune solution n'est à portée de leur mental malgré tous les pouvoirs matériels dont ils disposent. Je peux leur garantir que, pour notre époque, la diminution n'aura pas cette ampleur. La décroissance actuelle de la chaleur du soleil n'est destinée qu'à accélérer le processus de changement de la nature et la personnalité déléguée pour ce travail est en train de l'utiliser dans ce but. C'est un signe infaillible de bouleversement imminent dans la structure entière du monde et, après cela, le soleil reprendra tout son rayonnement. Le même signe réapparaîtra au moment de maha-pralaya (la complète dissolution de l'univers), mais comme c'est une chose lointaine, je ne tiens pas à m'étendre sur ce sujet ici. Je peux révéler une chose à ce propos, dans l'intérêt des lecteurs. Au moment du maha-pralaya l'étoile polaire déviera de quelques degrés sa position et deviendra un peu plus chaude. Une puissante énergie de forme gazeuse commencera à en jaillir et détruira finalement le monde et tout ce qui existe. L'action destructrice partira du Pôle Nord. En conséquence du bouleversement en cours, des changements radicaux surviendront et la nouvelle structure du monde sera tout à fait différente de celle que nous voyons aujourd'hui. Le destin de la Grande-Bretagne sera malheureux. Une portion du pays, sa partie sud, s'enfoncera dans la mer. Une énergie volcanique, à l'état latent, est à l'œuvre au cœur de Londres et le moment venu elle explosera sous forme d'éruption volcanique. Le Gulf Stream changera de cours et le pays deviendra très froid. Le destin de l'Europe sera aussi du même ordre. De petits pays cesseront d'exister. L'avenir de la Russie est bien noir. Elle ne peut pas survivre. L'arme même de la Russie se retournera comme un pistolet contre sa propre tête. Le communisme aura sa tombe dans sa propre patrie. Quant à l'Amérique elle est en danger imminent de perdre ses richesses et il se peut qu'à l'avenir elle soit presque réduite à la pauvreté. Son pouvoir et sa grandeur aussi sombreront en même temps. L'Inde regagnera sa gloire d'antan et elle s'élèvera au premier plan sous son propre gouvernement. Sa suzeraineté s'étendra partout et le monde se tournera vers elle comme vers un phare. Pourtant, elle aussi aura sa part du bouleversement mondial. Les germes de la rébellion sont en train de se développer dans le pays. Une part du pays (la partie est du Bengale) s'enfoncera dans la mer. L'énergie volcanique est active elle aussi et peut affecter sérieusement certaines régions, en particulier l'état du Bihar. Il se peut que dans un avenir éloigné le plateau du Dekkan devienne une île. Il y aura d'énormes effusions de sang dans le monde entier et il y aura tant de pertes de vie, par des moyens divers que la population du monde en sera considérablement réduite. La nouvelle structure du monde à venir reposera sur des os et des cendres. Une civilisation fondée sur le spiritualisme surgira en Inde et deviendra finalement la civilisation mondiale. Aucun pays, aucune nation ne survivra sans spiritualité à sa base, et chaque nation devra tôt ou tard adopter la même direction si elle veut maintenir son existence même.
L'emblème Cet emblème représente un tableau complet de la méthode suivie dans la Shri Ram Chandra Mission, qui fut fondée et dédiée à la mémoire de la Grande Âme Divine, Samartha Guru Mahatma Ram Chandraji Maharaj de Fatehgarh (UP). La méthode suivie dans la Mission est appelée Sahaj Marg ou la Voie Naturelle. Le dessin de la swastika, près du bas, représente le point d'où nous partons. C'est la sphère des formes, rituels et pratiques de types variés, que nous traînons dans notre recherche sur le chemin, appelé Sahaj Marg, tracé à travers les montagnes de difficultés et d'obstacles par la Nature elle-même. Nous traversons différentes sphères d'ombres et de lumière, d'opacité variable, bien loin au-dessus de la sphère de la lune et du soleil, devenant de plus en plus subtils à chaque pas, jusqu'à ce que nous atteignons le plus haut point accessible. La sphère de lumière créée par le soleil levant, représente la nouvelle ère spirituelle inaugurée par sa Sainteté le Samartha Guru. Elle s'étend dans l'espace tout entier, commandant les régions d'où nous partons et que nous traversons au cours de notre marche dans le Sahaj Marg. On peut utiliser le mot obscurité pour exprimer ce qui régnait partout avant que la création ne vienne à être. Obscurité signifie absence de lumière et vice-versa. Qu'y a-t-il là où il n'y a pas de lumière ? Nous pouvons l'appeler obscurité. Que peut-on trouver là où tout se termine ? La Qualité du Rien (Nothingness) est la seule expression possible pour cela. Pourtant, encore, les expressions “obscurité” et “qualité du rien” contiennent l'idée latente de l'existence de quelque chose, c'est donc bien loin du sens réel. Les termes de lumière et d'obscurité ne conviennent peut-être pas pour désigner la chose dont on parlait ci-dessus, qui est immuable et éternelle. Et tel est l'état, pur et absolu, à partir duquel notre existence présente a évolué. On peut la désigner comme la sphère de la paix éternelle, ce qui est représenté dans la partie supérieure de l'emblème. Il n'y a ni lumière, ni obscurité. En dessous se situe la sphère, appelée satpad, où prédomine la vérité et qui est donc une région de lumière, mais dans un état très subtil.
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