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Le souvenir

Ram Chandra

J'ai indiqué ailleurs que la réalisation est chose très facile si on dérive simplement l'attention vers elle. Cela signifie que la réalisation doit s'imprimer profondément dans notre cœur. Plus l'impression est profonde, plus le succès est rapide et facile. Celui qui y est parvenu n'a plus grand chose à faire. S'imprégner de cette impression signifie s'imbiber de la chose à laquelle très précisément on aspire. Dans ce cas, la pensée divine restera constamment vivante dans le cœur, et notre attention demeurera en permanence dirigée vers elle. C'est exactement ce que signifie le souvenir constant. Maintenant, si on associe cette idée à celle d'un être humain fondu dans l'Absolu, je vous laisse à juger si oui, ou non, cette pensée ne se retrouvera pas indirectement reliée à l'Absolu. En fait, quand tel est le cas, l'idée de personnalité n'est que nominale. Plus vous pénétrerez cette pensée, plus les enveloppes (de nature plus subtile) seront déchirées une à une jusqu'à ce que finalement ne demeure en vue que la dernière : l'idée originelle. Parce qu'on voit alors l'origine, on reçoit la bénédiction de la grâce divine directe.

Quand ce stade ultime de l'être est à notre portée, il est tout à fait naturel qu'en le contemplant constamment on puisse finalement refermer totalement la vision sous l'effet de la force magnétique qui en irradie : alors "l'état sans état" - la propriété fondamentale du Réel - peut commencer à s'installer. L'amour réciproque entre les deux (1) [(1) NDT : entre le Maître et l'abhyasi.] ne peut exister que lorsque, pour cette raison, la différenciation commence à s'évanouir, et qu'à sa place un sentiment de similitude commence à se développer. Mais on continue d'avancer, et la similitude continue à se développer. On devient chargé de son effet. L'idée de sa grandeur est là, en toile de fond, et à présent il ne reste plus rien excepté le souvenir. Le sens de similitude s'étant développé sous l'effet du souvenir, il commence à devenir clair que lui-même est absorbé dans notre souvenir. Une fois ce sentiment devenu permanent, il laisse place à la condition que Kabir a décrite comme suit :
" Mera Ram Mujhe Bhaje, Tab payum bisram. "
" Mon esprit ne peut être en repos que lorsque le Seigneur est occupé à se souvenir de moi. "

C'est un état transcendant de dévotion. A ce stade, l'amoureux lui-même devient le bien-aimé et cela arrive nécessairement quand le guru et le disciple sont reliés au sens réel du terme. En fait, le souvenir est presque apparenté à la vibration qui s'était développée au moment de la Création dans le but d'engendrer l'existence. S'immerger dans cet état primordial de souvenir (la vibration) n'est pas donné à tout un chacun. Seule une personnalité rare peut en être capable. Mais cela ne signifie pas que les autres ne devraient pas s'y essayer.

On peut être surpris que j'explique les vibrations primordiales comme étant le souvenir. C'est parce qu'en règle générale, une idée très subtile pénètre d'abord dans le mental et se développe ensuite sous forme de pensée. Ainsi, la volonté divine latente de création se développa automatiquement en vibrations, sous la forme de la pensée. La pensée et le souvenir sont étroitement semblables dans leur nature. Le souvenir porte en lui une sorte de douce sensation qui, dans la pensée, n'existe qu'à l'état latent. La sensation accroît la force et fomente les vibrations à travers tout le corps. En allant au-delà de cet étui de sensation, on arrive au point d'origine du souvenir, que l'on peut considérer comme la base. Au-delà de ce niveau, on ne peut plus rien expliquer. Il est possible qu'on en perçoive quelque chose par le biais d'une extrême subtilité. Je souhaite que mes associés soient gratifiés de la capacité d'acquérir cet état de subtilité. Le même état de souvenir et de vibrations existe à chaque étape successive, mais avec des différences dans les degrés de densité - ce qui est très difficile à définir.

La condition de " Aham Brahmasmi " a laquelle on accorde tant d'importance, a depuis toujours été un sujet de référence permanente, de discussions, d'arguments, parmi les bhaktas de diverses sortes. Telle qu'on peut la voir pratiquement, cette condition comporte trois phases qui sont expérimentées successivement. La première d'entre elles est le sentiment : " Je suis Brahm ", la seconde étape : " Tout est Brahm ", et la troisième : " Tout vient de Brahm. " La première est reliée à l'individualité, alors que la troisième est reliée à l'universalité. La seconde étape est seulement un stade intermédiaire qui nous conduit finalement à l'universalité. La plupart des saints renommés du monde n'ont pu aller au-delà de la toute première étape, alors qu'un grand nombre d'entre les sages indiens sont allés bien plus loin. Toutes ces conditions sont présentes à chaque point ; elles varient seulement en degré de subtilité. Chaque abhyasi passe par toutes ces étapes durant son cheminement, bien qu'il puisse ne pas en être conscient.

Dieu est tout à fait clair et simple, dénué de tout, et à plus forte raison de toute solidité. Aussi est-il absolument nécessaire pour nous de nous libérer nous-même de l'opacité et de la solidité afin de le réaliser. La solidité pénètre en nous sous l'effet de nos propres pensées, de nos actions et de notre environnement. Il est donc nécessaire que nos pensées soient réglées et que le mental individuel soit totalement discipliné pour le débarrasser des lourdeurs installées en lui. Nous devrions devenir aussi légers que possible afin qu'un seul souffle du Maître puisse nous faire voler le plus haut possible.

Dans notre sanstha, la Réalité est infusée dans l'abhyasi dès le premier coup. C'est la graine qui va croître. Sous l'œil attentif du Maître, elle continue à se développer sans être affectée par la chaleur torride des circonstances adverses. Mais il vous appartient de continuer à l'arroser de votre souvenir constant, seul instrument assurant un progrès rapide en spiritualité.

Il nous faut continuer à grands pas, sans nous reposer, même un seul instant, jusqu'à ce qu'on ait atteint le but. Un fois le bon chemin trouvé, il faut s'y tenir fermement et ne le quitter à aucun prix. On devrait abandonner tous les moyens plus grossiers et les pratiques mécaniques. La personne qui découvre qu'elle devient jour après jour plus légère doit en conclure qu'elle va droit à ce qui existe de plus léger et de plus subtil.

On ne doit jamais être déçu par la grâce divine. Dieu est le Maître suprême et sa volonté doit s'accomplir dans tous les domaines. On devrait se considérer en faillite et être constamment occupé à l'adoration et à la dévotion, sans se préoccuper des interruptions et des perturbations qui surgissent en cours de route. On ne devrait jamais être découragé en pensant qu'on ne peut accomplir sa puja régulièrement à cause des perturbations intérieures que j'appelle "les chiens aboyants".

Les chiens ne cesseront jamais d'aboyer, même si on les bat très fort. Que les chiens aboient : la caravane passe sans leur prêter attention. Si possible, vous pouvez faire mieux encore en dressant les chiens afin qu'ils ne puissent pas aboyer et vous déranger pendant votre puja. Mais alors, pour corriger leur habitudes déréglées, il vous faut adopter des moyens appropriés. Utiliser la force physique pour arrêter leurs aboiements fait courir le risque de les rendre violents et offensifs. Par conséquent, il vaut mieux leur montrer que leurs aboiements ne vous dérangeront pas. Quand vous y serez parvenu, ces derniers finiront par s'apaiser. D'ailleurs si vous aviez prêté plus tôt attention aux chiens, peut-être que leurs aboiements n'auraient jamais eu d'effet sur vous. En résumé, il faut seulement former les chiens afin qu'ils puissent, d'eux-mêmes, arriver à se donner des règles et à se discipliner correctement.

La seule façon d'y parvenir serait de s'élever soi-même au niveau où, eux aussi, pourraient bénéficier de l'effet de notre état mental intérieur. Cela signifie s'élever spirituellement au niveau où même les animaux peuvent commencer à absorber l'effet. C'est le but réel que sert, à la longue, la pratique de la méditation.

L'aboiement des chiens s'applique aux activités déréglées du mental et des indriyas qui peuvent être facilement rectifiées par la méditation et le souvenir.

 

 

 

 
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